Cet automne, la nappe d’eau phréatique est un mètre plus bas que l’an dernier dans la grande région de Montréal, résultat de l’été sec… et des changements climatiques. La baisse des eaux souterraines (d’où provient au moins les deux tiers de l’eau des rivières) est généralisée partout au Québec et rien ne semble la ralentir. Que faire? Sous nos pieds se trouvent d’immenses éponges. Il suffit de les remplir.

L’image est de Florent Barbecot, professeur au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’UQAM. Il mène le volet scientifique du projet Re-Sources, soit le «Projet d’évaluation de la recharge des eaux souterraines pour une meilleure résilience des ressources en Montérégie», mené par le Cobaver-VS.

Moins d’eau

M. Barbecot explique les divers impacts des changements climatiques sur les nappes d’eau souterraines. La dernière saison hivernale a connu deux réchauffements, «ce qui fait qu’on évacue l’eau pendant l’hiver et on en a moins ensuite. L’eau au printemps participe pourtant à la recharge des eaux souterraines…»

De plus, la température a augmenté de deux degrés en Montérégie en 30 ans. Avec cette chaleur, les plantes ont besoin davantage d’eau, durant une plus longue période végétative.

«Il reste moins d’eau dans les nappes souterraines. Ça, c’est une évidence, c’est quelque chose qui nous inquiète énormément, expose M. Barbecot, car c’est cette eau que l’on retrouve dans les rivières l’été. S’il y a moins d’eau, ça va poser des problèmes.»

Car moins il y a d’eau, plus elle réchauffe rapidement. Et plus elle réchauffe, moins l’oxygène de l’air s’y dissout, entraînant la mortalité de poissons.

«Comme au Québec, on utilise beaucoup d’eau de surface pour l’alimentation en eau, on va être obligé de changer notre façon de faire. C’est un cercle vicieux. On travaille sur comment on se prépare à ce qui va arriver», détaille l’expert.

Sur une éponge

Ce «on», c’est notamment le projet Re-Sources, réalisé en collaboration avec l’UQAM, les MRC, les organismes de bassins versants (OBV), les comités ZIP de la Montérégie, le Comité des bassins versants Vaudreuil-Soulanges et l’Université Laval.

Il vise entre autres à développer des outils de planification pour la protection durable des zones de recharge en eaux souterraines et informer la population pour protéger ces zones de recharge. «On va essayer d’avoir des activités qui ne soient pas contradictoires avec l’utilisation de la ressource en eau», soutient M. Barbecot.

Pour aider à la compréhension, le professeur explique que l’on vit sur une éponge.

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«On sait que ces eaux se vident naturellement dans les rivières et on veut que ça continue, mais on va essayer de les remplir un peu plus. Et pour ça, on a des projets de recherche pour voir comment aménager la recharge des eaux souterraines et travailler avec les utilisateurs de l’eau (municipalités, fermes, habitants), pour mettre en place des systèmes de recharge forcée des eaux souterraines.»

Solutions naturelles avant tout

Selon M. Barbecot, l’idée d’installer un réservoir pour desservir un secteur, comme l’ont suggéré des résidents de la rue Johanne, n’a rien d’impossible.

«Tout se fait, c’est de l’ingénierie. Tout est imaginable lorsqu’on a besoin d’eau. Ce qu’il faut regarder : qu’est-ce qui a du sens? Est-ce que ça vaut le coût de payer pour un super réservoir, quand on a sous nos pieds une éponge qui est déjà un super réservoir?»

Il vaut donc mieux utiliser son environnement, intelligemment.

«Des fois, ce n’est pas possible parce que tous les quartiers ne sont pas dans les meilleures conditions pour avoir leur propre nappe d’eau souterraine, mais bien souvent, on trouve des solutions, et ce sont ces solutions naturelles qu’on doit mettre de l’avant.»

Il estime important qu’en parallèle aux projets immobiliers qui augmentent le nombre de consommateurs, des projets soient mis en place pour sécuriser les ressources en eau. «J’ai travaillé sur des milieux assez urbanisés, et si tout le monde va dans le même sens, on arrive à recharger les eaux souterraines», avance-t-il.

À ses yeux, effectuer une étude hydrogéologique comme l’envisage la Ville de La Prairie est une avenue intéressante. «Ça permet de savoir quelle est la taille de l’éponge, si on a une bonne ressource sous les pieds et d’identifier s’il y a des risques à l’exploitation de cette ressource.»

Si l’approvisionnement en eau est sans contredit une responsabilité des villes, encore faut-il qu’elles détiennent la bonne information. Ce que fait notamment le projet Re-Sources. «Les municipalités n’ont pas d’expert en hydrogéologie, etc. Ça doit être des ressources partagées, donc on partage les informations scientifiques, qu’on a vulgarisées.»

Les personnes intéressées participer à des projets de recherches pour améliorer la recharge des eaux souterraines peuvent contacter M. Barbecot : [email protected]