Est-ce que devenir propriétaire est en train de devenir un privilège réservé à quelques chanceux? C’est la question au cœur de cet épisode de Ceci n’est pas une revue de presse, alors qu’Audrey Leduc-Brodeur et Valérie Lessard reçoivent Francis Cortellino, économiste à la Société canadienne d’hypothèques et de logements (SCHL), pour décortiquer la nouvelle étude de Statistique Canada sur l’accès à la propriété des 25-39 ans.
Le constat est clair et préoccupant : en 2021, 16 % des jeunes adultes vivaient encore chez leurs parents, soit le double de 1991. Et depuis ce recensement, la situation ne s’est qu’aggravée. Dans le Grand Montréal, les prix de l’immobilier ont bondi de 50 % en seulement deux ans après le début de la pandémie — une hausse qui aurait autrefois pris une décennie à se matérialiser.
Francis Cortellino explique comment ce décrochage entre les revenus et les prix du marché force une génération entière à repenser son rapport à la propriété. La maison unifamiliale s’efface au profit du condo — qui représentait le choix de près de 40 à 50 % des premiers acheteurs au dernier recensement — et la « banque maman-papa » est devenue quasi incontournable. Aujourd’hui, environ un ménage de moins de 35 ans sur trois reçoit un don ou un prêt familial pour acheter sa première propriété, et près de 12 à 13 % des hypothèques dans le Grand Montréal sont co-signées par les parents, contre seulement 3 % il y a vingt ans.
« Le gros problème avec ces chiffres-là, c’est que dans la vie, ce n’est pas tout le monde qui est client de la banque maman-papa. » — Francis Cortellino, économiste à la SCHL
L’économiste nuance aussi l’idée que les jeunes dépenseraient trop pour les voyages et les restaurants. Les données, elles, pointent plutôt vers une contrainte structurelle réelle — et vers ce qu’un sondage a qualifié de mécanisme de défense : profiter autrement de la vie quand la porte de la propriété semble fermée.
Côté solutions, M. Cortellino est clair : stimuler la demande sans augmenter l’offre revient à mettre de l’essence sur le feu. Les mesures fiscales comme le CELIAPP ou les hypothèques sur 30 ans aident à court terme, mais perdent leur efficacité si l’offre de logements ne suit pas. La vraie solution est longue, complexe et réglementaire.
L’épisode se conclut avec les nouvelles rafales de la semaine : l’acquisition de 49 hectares à Boucherville pour la conservation, la bataille électorale qui s’annonce dans Sanguinet, l’ouverture d’une nouvelle halte pour personnes en situation d’itinérance à Valleyfield, la baisse d’achalandage dans le métro de Montréal, et les effets concrets de la loi sur la laïcité dans les écoles des Grandes-Seigneuries.
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