Henrique Alago en est convaincu : s’il peut créer sa propre musique malgré son trouble du spectre de l’autisme (TSA), d’autres comme lui peuvent en faire tout autant.
Depuis 2024, Henrique, 19 ans, compose et écrit ses chansons, qu’il chante en anglais.
Sa plus récente création parle «d’une fille qui voulait tellement aimer quelqu’un, mais… elle ne s’aimait même pas», résume-t-il, avant de faire écouter avec fierté la pièce pop à la journaliste.
Le Candiacois compose la musique de toutes pièces, chez lui, avec tout le matériel dont il a besoin : «une interface, un micro, des écouteurs… et ça prend un ordinateur portable!» précise-t-il avec un sourire entendu.
Le jeune artiste aime l’effet que lui procurent ces moments où il crée. «J’aime que ça me calme. Ça m’aide. C’est comme les médicaments forts que tu prends pour te calmer», compare-t-il.
Si le présent article constitue son «premier article de sa vie», Enrique a déjà participé à un balado de la chaîne Baraza Media tv.
Dans un documentaire
Comme d’autres élèves de l’école Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont (PGLO), Henrique a participé au documentaire Bulles, de Mélissa Lefebvre et Paul Tom, diffusé à Télé-Québec l’hiver dernier et encore disponible sur le web.
Dans ce film, de jeunes autistes partagent leur créativité en répondant à la question : «Si vous pouviez créer un monde, quel monde ce serait? » Le théâtre et l’animation 3D recréent ainsi en images leurs riches univers.
Les participants ont pu brièvement jouer la comédie, sur fond vert, pour qu’ils apparaissent à l’écran, costumés, au cœur de ce monde imaginé. Ils ont présenté leur projet sur la scène du Théâtre Outremont.
Le monde d’Henrique était constitué principalement de melons d’eau, son fruit préféré. Mais maintenant que le projet est terminé, il regrette un peu son choix.
«J’aurais changé mon monde. Parce qu’avant, je n’écoutais pas tellement de la musique, je ne faisais pas de la musique. Puis, je suis arrivé à avoir cette passion. Et ça m’a fait changer d’idée… Je sais que c’est pas possible, mais je comprends.»
S’il avait une deuxième chance, son univers serait formé de ses compositions musicales.
Henrique a aimé voir le film, diffusé en février dernier. «J’étais impressionné», dit-il, même s’il admet qu’il aurait aimé qu’on le voit davantage à l’écran, alors qu’il ne fait que de brèves apparitions.
Il croit néanmoins que d’avoir montré son univers est ce qui le rend le plus fier dans toute cette expérience.
Les deux groupes accueillant les élèves atteints d’un TSA à l’école Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont – rebaptisés CASA (Classe adaptée au spectre de l’autisme) par les élèves eux-mêmes – ont aussi eu l’occasion de discuter avec la cinéaste des préjugés à l’égard de l’autisme.
Henrique croit que le film aidera à briser ces préjugés «d’une façon vraiment bonne, parce que, c’était le but du film, répond-il. Oui, c’est pour ça.»

