À la suite de deux reportages diffusés depuis le début du mois sur des enjeux environnementaux et de santé impliquant la compagnie Terrapure, la Ville de Sainte-Catherine demande une réunion d’urgence d’ici les deux prochaines semaines avec les différentes instances concernées pour faire le point sur la situation. Ce sujet a également occupé une grande partie de la séance du conseil municipal du 20 janvier.

Le 20 janvier, Radio-Canada rapportait avoir obtenu un rapport de la Direction de la santé publique de la Montérégie dans lequel on apprend que la majorité des employés de l’entreprise spécialisée dans le recyclage de batteries au plomb ont été exposés au plomb à des niveaux supérieurs des seuils sécuritaires dans les dernières années.

La Ville de Sainte-Catherine affirme qu’elle n’était pas au courant ce rapport de la santé publique de la Montérégie. «Les révélations de Radio-Canada concernant Terrapure sont préoccupantes. Ces révélations soulèvent des questionnements légitimes de la part de la municipalité et des citoyens pour lesquelles la Ville requiert des éclaircissements auprès des instances gouvernementales», a indiqué le maire Sylvain Bouchard par voie de communiqué avant la séance du conseil municipal.

M. Bouchard demande une rencontre avec des représentants d’Environnement et Changements climatiques Canada, du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec, de la Direction de la santé publique de la Montérégie, de la Sécurité civile du Québec, de la Communauté métropolitaine de Montréal et de la MRC de Roussillon.

Il a mentionné que cette rencontre servira à faire le point sur la situation, à obtenir les informations disponibles sur les enjeux environnementaux et sanitaires et à déterminer les mesures à prendre pour assurer la sécurité des citoyens.

Des questions citoyennes

La salle du conseil municipal de Sainte-Catherine est presque pleine, mardi soir. D’entrée de jeu, Sylvain Bouchard a annoncé que les questions concernant Terrapure seraient répondues dans une séance immédiatement après la séance régulière du conseil municipal. « Mes collègues et moi souhaitons vous entendre et répondre à vos préoccupations au meilleur de nos capacités, car je vous rappelle que c’est un dossier qui est judiciarisé», a-t-il expliqué.

Le maire faisait référence au fait que la Ville de Sainte-Catherine et la compagnie Terrapure sont poursuivies par Environnement Canada en lien avec des rejets de substances nocives pour les poissons dans les eaux de la Voie maritime. Le Journal de Montréal l’avait révélé dans un reportage le 9 janvier.

Environnement et Changement climatique Canada a confirmé au Reflet avoir déposé 52 chefs d’accusation contre la compagnie Terrapure et 38 chefs contre la Ville de Sainte-Catherine pour violation à la Loi sur les pêches. Les événements reprochés seraient survenus entre novembre 2020 et décembre 2023. Le Journal de Montréal révélait que l’organisme fédéral accuse Terrapure d’avoir créé des rejets de matières nocives pour les poissons pendant cette période. Ces rejets étaient déversés dans l’égout pluvial de la municipalité et cette dernière le tolérait.

Pêche et qualité de l’eau

Parmi les questions posées par les citoyens, certains s’interrogeaient de la qualité de l’eau à la plage du Récréoparc de même que dans les secteurs prisés par les pêcheurs à proximité. M. Bouchard a indiqué que l’eau de la plage provient du fleuve Saint-Laurent et non de la Voie maritime où ont eu lieu les déversements. «L’eau est testée de façon régulière au moins 3 fois par semaine à des endroits différents», souligne-t-il.

Quant à la pêche, il s’en est remis à la responsabilité des institutions fédérales.  «Pêches et Océans Canada, une institution fédérale de protection des eaux du Canada, n’a émis aucun avis d’interdiction de pêche pour des raisons de sécurité ou de contamination pour la pêche à cet endroit-là», fait-il savoir.

La qualité de l’eau potable faisait aussi partie des préoccupations citoyennes. La Ville a rappelé que l’eau provient du fleuve et non pas de la Voie maritime. Elle est ensuite filtrée, traitée et analysée à l’usine de filtration de Candiac avant d’être distribuée.

Des démarches depuis 2016

Le maire a présenté un historique du dossier entre la Ville et Terrapure. Il mentionne que la Ville a commencé à poser des questions en 2016 après avoir été informée que l’entreprise spécialisée en recyclage de batterie au plomb rejetait des eaux usées directement dans l’égout pluvial municipal. «L’entreprise a sollicité plusieurs sursis auprès des autorités compétentes», indique M. Bouchard.

Il souligne qu’en 2018, la Ville a demandé des engagements à la compagnie afin qu’elle se conforme, puis en 2020 elle a signé une entente «contraignante» visant à l’obliger à cesser ces rejets dans le réseau pluvial et à se conformer aux normes. Une mise en demeure a été envoyée en 2022 et au printemps 2024, la Municipalité s’est adressée aux tribunaux pour qu’elle cesse ses rejets.

Questionnée où en était ce dossier, la greffière Audrey-Maude Parisien a indiqué qu’il y a des délais judiciaires et que le dossier suit son cours. La Municipalité n’est pas en mesure de dire si l’entreprise s’est conformée aux normes depuis.

Terrapure affirme être conforme

Dans une déclaration écrite envoyée au Reflet, Terrapure affirme que ses effluents «respectent les critères de rejet applicables». «Par respect pour le processus judiciaire, nous ne pouvons pas formuler d’autres commentaires à ce sujet pour le moment», indique Greg Jones, responsable des communications.

Il souligne que la sécurité de ses employés et la protection de l’environnement sont des priorités constantes.

«Terrapure exploite l’installation depuis 2015 et y a mis en œuvre son programme de santé et sécurité. Depuis 2015, nous avons observé une amélioration d’environ 23 % des niveaux de plomb dans le sang», écrit-il.

Le reportage de Radio-Canada rapporte que de 2013 à 2022, il a eu 1881 cas d’exposition professionnelle au plomb qui dépassaient les seuils de maladie à déclaration obligatoire à l’usine de Sainte-Catherine. Cela représente 34 % de tous les cas survenus dans la province pour la même période.

Le conseil municipal s’est engagé à tenir les citoyens informés de ce dossier.