Grand lecteur de biographies, Serge Geoffrion avait depuis longtemps le désir de se mettre à l’écriture d’un tel ouvrage. Celui qui a été journaliste, député provincial dans La Prairie et attaché politique de Maka Kotto durant près de 15 ans a réalisé son rêve en écrivant l’histoire de l’artiste et politicien qu’il a côtoyé au quotidien.
Plusieurs journalistes et auteurs ont approché M. Kotto pour mettre sur papier son parcours atypique, dit-il lui-même en avant-propos de sa biographie titrée Les racines, les fleurs et les fruits, parue en novembre. Afin de laisser sa trace, surtout pour sa famille, l’homme a finalement accepté et a fait confiance à M. Geoffrion pour le mandat.
«C’est un privilège, affirme ce dernier. On a beau dire, raconter sa vie ça peut être délicat ou difficile. J’ai vraiment eu carte blanche.»
Le duo était sur la même longueur d’onde, autant sur ce qu’il voulait aborder que sur les limites à ne pas franchir. Des aspects plus personnels ou considérés comme n’étant pas d’intérêt public n’avaient pas leur place dans le bouquin, explique le Laprarien.
«Il y avait une grande confiance entre nous. Il y a eu très peu de changement après chaque étape de la rédaction», souligne-t-il.
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En trois temps
Trois grands volets de la vie de Maka Kotto sont racontés dans la biographie. Le titre en est révélateur.
«[Il] aime dire qu’il a ses racines au Cameroun, qu’il a donné ses premières fleurs en France et qu’il a porté ses fruits au Québec», peut-on lire dans l’introduction du livre.
Ainsi, son enfance, ses débuts comme acteur en France ainsi que sa carrière artistique et politique au Québec sont racontés en ordre chronologique. Ce, même si M. Geoffrion admet qu’il a eu tendance à vouloir rédiger différemment en faisant davantage de sauts dans le temps.
À travers ces trois grandes étapes se trouvent le développement et l’expression de son engagement et de son humanisme. Il s’agit d’ailleurs de deux choses que M. Geoffrion considère comme les plus mémorables lorsqu’on parle de Maka Kotto.
«C’était un exercice vraiment agréable. Peut-être que je remettrai le projet, mais ça demande beaucoup», admet M. Geoffrion.
Le processus qui a duré 18 mois impliquait la recherche d’archives et de nombreuses entrevues, notamment. La pandémie et l’horaire des deux hommes leur a également permis d’avoir du temps.
Choix
Le plus grand défi dans l’écriture d’une biographie demeure celui de faire des choix. Ce fut le cas lorsque vint le moment pour M. Geoffrion de parler des rôles campés par M. Kotto, entre autres.
«Ceux qui sont nommés ont eu des impacts précis et l’interpellaient pour des raisons bien précises», fait-il savoir.
Il cite en exemple la série télévisée Super sans plomb, qui a beaucoup marqué le public québécois.
«C’était une comédie à saveur sociale. C’est un rôle qui se démarque et dont les gens se souviennent. Il y a aussi ses prestations comme humoriste», détaille M. Geoffrion.
Il a lui-même été surpris par plusieurs éléments, durant l’écriture.
«Dans les métiers que j’ai exercés, je dis à la blague que j’en ai sûrement écrit plusieurs, des livres.»
-Serge Geoffrion
«Dans le cadre du travail et même si nous sommes amis, j’avais quelques bribes ici et là de son histoire que je notais, mais je n’avais pas autant de détails», révèle-t-il.
Certaines anecdotes n’ont pas été retenues, mais M. Geoffrion tenait à raconter la rencontre de M. Kotto avec Stevie Wonder «puisque ça sort tellement de l’ordinaire. Mais il y a aussi eu une offre de film avec Brad Pitt», dit-il en riant.
«J’ai aussi retrouvé des magazines 7 jours et Échos Vedettes de l’époque où il est arrivé au Québec. À l’époque c’était une façon de se faire connaître. Je ne suis pas allé là-dedans, mais nous en avons bien rigolé», confie également M. Geoffrion.
Maka Kotto
Né au Cameroun en 1961, Maka Kotto a campé des rôles dans une quarantaine de films et séries télévisées, en France et au Québec. Le public québécois a pu le voir dans Urgence, Diva et Un dimanche à Kigali, entre autres.
Il a également écrit un livre de poésie. En politique, il a été député fédéral pour le Bloc québécois dans la circonscription de Saint-Lambert de 2004 à 2008. Il a été le premier souverainiste d’origine africaine à franchir les portes de la Chambre des communes. M. Kotto a ensuite été député provincial de Bourget, a occupé le poste de porte-parole de l’opposition officielle et est connu pour avoir été élu ministre de la Culture et des Communications dans le gouvernement de Pauline Marois de 2012 à 2014. L’ancien député a été défait en 2018.
Maka Kotto se consacre depuis le début de sa carrière à la lutte contre le tribalisme, le racisme, les inégalités et les injustices de toutes sortes.
L’artiste et homme politique est retourné à ses premiers amours en faisant un retour à l’écran. Il fait notamment partie de la distribution de la troisième saison de La Faille, diffusé sur le Club illico et sera d’une série humoristique titrée Les bombes, a fait savoir Serge Geoffrion au Reflet.
