Chantal Pétrin est une femme d’action, dont peu oseraient remettre en question le dévouement. En plus de son emploi de secrétaire de direction au bureau de la protectrice de l’UQAM qu’elle occupe le jour, elle travaille comme préposée aux bénéficiaires au CHSLD René-Lévesque de Longueuil, le soir. Deux boulots qu’elle occupe… à temps plein.

«J’ai toujours travaillé de jour et de soir!» lance Mme Pétrin, en réponse à l’étonnement de la journaliste devant son emploi du temps.

La résidente de Sainte-Julie a répondu «présente» à l’appel lancé par le gouvernement Legault, au début de l’été 2020, incitant les Québécois qui souhaitaient contribuer dans les milieux de vie pour aînés à suivre une formation accélérée de préposé en CHSLD.

«Ils avaient besoin de bras, dans tous les sens du terme!, témoigne Mme Pétrin. Les besoins sont là, criants.»

Elle a ainsi suivi la formation théorique, suivie de deux stages, au Centre de formation professionnelle Charlotte-Tassé de Longueuil. Les cours, qui se donnaient en soirée, lui permettaient de poursuivre son emploi à l’université, qui avait balancé en télétravail. Une situation qui prévaut toujours.

«Rôle de bienveillance»

Mme Pétrin perçoit la profession de préposée aux bénéficiaires comme un «rôle de bienveillance»;  une relation d’aide qui va bien au-delà des soins d’hygiène à apporter aux aînés.

«Ça demande beaucoup de patience et d’écoute. Des qualités que j’ai d’emblée, et que je mets à profit», relève la femme qui célèbrera sous peu ses 60 ans.

Une patience encore plus sollicitée auprès de résidents ayant des troubles cognitifs. «Il faut bien décoder leurs besoins. Il faut être très vigilant et à l’affût. Ça demande un grand sens de l’adaptation», remarque-t-elle.

Mme Pétrin souligne à quelques reprises au cours de l’entrevue à quel point elle trouve «très valorisant» de voir au confort des aînés et de sentir qu’elle peut faire une différence dans leur vie. Une reconnaissance que les résidents lui rendent bien.

«Même chez ceux qui vivent avec des problèmes cognitifs et qui ont plus de difficulté à communiquer, on le sent dans le regard, partage-t-elle. Souvent, lorsque des résidents me voient arriver, ils sont contents que ce soit moi qui s’occupe d’eux!»

Un accompagnement précieux

Chantal Pétrin travaille principalement dans l’unité prothétique du CHSLD, dédiée aux personnes ayant des troubles cognitifs.

Lors de son arrivée au centre d’hébergement à la mi-novembre 2020, elle a «été plongée dans le bain assez rapidement», se retrouvant à prendre soin des résidents en zone rouge, atteints de la COVID-19.

Elle a d’ailleurs elle-même contracté le coronavirus, deux semaines après son premier quart de travail. Elle n’a subi heureusement que de faibles symptômes, et a pu retourner au boulot après 10 jours.

«C’est un travail où j’ai pu côtoyer la maladie… jusqu’à la mort. J’ai accompagné des résidents en fin de vie», relate-t-elle, à propos de ses trois mois d’interventions en zone chaude.

Lorsque les restrictions sanitaires empêchaient la famille d’être aux côtés d’un proche mourant en raison, Mme Pétrin a vu le rôle «vraiment utile» de préposée.

Voilà peut-être l’aspect le plus dur de son travail en centre d’hébergement, reconnait-elle, mais qu’elle ne regrette aucunement.

«C’est une expérience humaine que je n’oublierai jamais», partage-t-elle.

Travail d’équipe

Chantal Pétrin ne peut s’empêcher d’établir un parallèle entre cette nouvelle profession et celle qu’elle exerce depuis plus de 30 ans à l’UQAM.  En tant que secrétaire de direction, elle reçoit les appels et les courriels envoyés à la protectrice universitaire (nouvelle désignation pour «ombudsman»).

«À l’UQAM, je suis en relation d’aide auprès d’étudiants, mais la méthode est bien sûr différente», illustre-t-elle.

Ce qui s’apparente moins toutefois à son métier à l’université, c’est le travail d’équipe inhérent au quotidien de préposée aux bénéficiaires.

«J’avais besoin de ce travail d’équipe, reconnait-elle, pour expliquer son impulsion à devenir préposée. On apprend beaucoup des autres.»

Elle relève que les préposés échangent énormément entre eux sur les situations qu’ils vivent et qu’ils perçoivent parfois sous un angle différent, selon leur parcours.

La pandémie n’étant pas terminée, Mme Pétrin a toujours la flamme pour continuer à contribuer au CHSLD René-Lévesque, où «il n’y a pas deux journées pareilles».

«Je peux le faire encore quelques années», conclut-elle.

«C’était un défi que j’avais déjà eu envie de relever. Et le contexte a fait que j’ai senti l’appel.»

-Chantal Pétrin