Un règlement de contrôle intérimaire pour le noyau villageois a été adopté à Saint-Philippe. Une mesure critiquée par les conseillères Gabrielle Garand et Émilie St-Onge qui n’ont pas apprécié prendre connaissance de ce point avec un court délai. Mais le maire Christian Marin défend son point, pour l’harmonie de ce vieux secteur de la ville.

«Le noyau villageois, c’est l’âme de la ville, a dit le premier magistrat en assemblée publique le 10 mars. Pour cela, il faut faire preuve de vigilance à son égard pour ne pas avoir de regret par la suite. On doit prendre le temps pour des décisions éclairées et réfléchies.»

Vingt minutes avant la séance, il a amené le point du règlement de contrôle intérimaire aux conseillers.

Le maire a expliqué que le court délai pour proposer ce point au conseil était pour protéger l’information et empêcher les promoteurs de faire une demande de permis. M. Marin soutient toutefois avoir fait un avis d’intention une semaine plus tôt.

90 jours

Ce décret est valide pour 90 jours et interdit toutes constructions, changements cadastraux ou émissions de permis.

M. Marin a suggéré que cette période permettrait de travailler avec les parties prenantes afin d’arriver à un consensus pour le bien de la population et pour un noyau villageois qui est accueillant, chaleureux, en plus de perdurer.

Des cinq conseillers à la table, seules Mmes Garand et St-Onge ont refusé de donner leur aval. Elles avaient aussi beaucoup de questions sur les impacts d’une telle décision.

Le maire avait peu de réponses à fournir, répétant à plusieurs reprises que les négociations permettraient d’en obtenir.

Il a laissé savoir que les projets déposés ne menaient à rien et qu’ils étaient refusés par le conseil.

«C’est ma décision, je l’assume. C’est tout», a-t-il dit pour couper court au débat.

Manque d’homogénéité

«On sort d’une élection et beaucoup de citoyens m’ont dit qu’il n’y a pas d’homogénéité, a ajouté le maire. Que l’urbanisme n’a pas été bien orchestré. Ça m’a touché profondément.»

Les opposantes au règlement s’inquiètent que la Ville puisse faire l’objet de poursuite.

Christian Marin dit avoir consulté une firme d’avocats qui lui a confirmé que c’était possible.

«Mais je le répète, on est là pour travailler ensemble, argumente-il. Le moratoire n’est pas pour bloquer tout ou garder un statu quo. Je ne veux pas que les promoteurs dépensent pour rien [en ce moment].»

Le maire Marin a justifié sa décision par quelques facteurs. Les résultats d’une étude de circulation viennent d’être obtenus. Déjà, une voie de contournement des camions est projetée et un avis d’expropriation a été voté par le conseil.

La MRC de Roussillon doit aussi compléter son inventaire du patrimoine bâti. «Saint-Philippe est une ville de 280 ans; c’est quand même assez vieux, a-t-il fait remarquer. On veut en préserver [du patrimoine], mais d’autres sont vétustes. L’inventaire va nous éclairer là-dessus.»

La pression des promoteurs qui achètent des terrains se fait aussi sentir. Leur vision n’est peut-être pas arrimée avec celle de la majorité des élus.

Ainsi, il est d’avis qu’il serait non responsable de faire dépenser de l’argent et du temps pour la rédaction de document avant que les visions ne soient en concordance.

De la déception

Les deux opposantes à la table du conseil ont rappelé que Saint-Philippe s’était dotée d’un programme particulier d’urbanisme (PPU) en 2020. Celui-ci a depuis subi des modifications et est entré en vigueur en février 2024.

En assemblée, un collaborateur de Gestion Dclic, une entreprise qui a fait l’acquisition de deux terrains sur la montée Monette pour la somme de 1,6 M$, s’est dit déçu. «Ça fait environ un an qu’on travaille avec la Ville, a-t-il dit. On a eu une recommandation favorable du comité consultatif d’urbanisme (CCU) il y a quelques semaines. Le contrôle intérimaire m’accroche. On s’est basé sur le PPU de 2020. On était rendu à choisir la couleur de la brique.»

Un citoyen a exprimé au maire qu’une telle décision manquait de loyauté envers les promoteurs qui se voyaient ainsi retardés dans leur projet.