Le climat politique à l’hôtel de ville de Saint-Philippe se détériore, selon trois conseillers municipaux qui affirment ne plus être en mesure d’exercer leur mandat dans un environnement qu’ils jugent sain.

Les conseillers Gabrielle Garand (district 4), Émilie St-Onge (district 5) et Pierre-Adrien Gauthier-Marcil (district 6) qui ne font pas partie de l’équipe du maire, ont rendu publique, le 17 juillet, une lettre ouverte dans laquelle ils dénoncent un climat de travail qu’ils qualifient de « malsain », marqué, selon eux, par un manque d’écoute, des comportements intimidants et une gouvernance trop centralisée.

Au moment de publier, le maire Christian Marin n’avait pas répondu à nos demandes d’entrevue ni à nos questions. Contacté par Le Reflet, il a indiqué être en vacances, tout en affirmant : « Je demeure pleinement engagé à exercer les responsabilités qui me sont confiées à titre de maire et à travailler avec l’ensemble des membres du conseil dans l’intérêt des citoyens de Saint-Philippe. »

Gabrielle Garand quitte les caucus préparatoires

Élue en 2021, la conseillère Gabrielle Garand a annoncé qu’elle ne participerait désormais plus aux caucus préparatoires précédant les séances du conseil municipal.

Lors de la séance du conseil du 14 juillet, elle a expliqué que cette décision découlait d’une détérioration du climat au sein de ces rencontres.

« Au fil des mois, les échanges sont devenus, à mes yeux, de plus en plus négatifs et ne me permettent plus d’exercer mon rôle dans un environnement que je considère constructif, serein et respectueux », dit-elle.

Mme Garand précise qu’elle continuera d’assister à toutes les séances publiques, de préparer les dossiers et d’exercer son rôle d’élue. Elle souhaite toutefois que les discussions aient davantage lieu en public.

« Je crois que les citoyennes et les citoyens ont le droit d’entendre les discussions, les questionnements et les débats qui entourent les décisions prises en leur nom. À mes yeux, la transparence est un principe fondamental de la démocratie municipale. »

Elle rappelle également que la participation aux caucus préparatoires n’est pas une obligation prévue par le Code d’éthique et de déontologie des élus municipaux.

Un climat qui « s’est aggravé »

En entrevue avec Le Reflet, les trois conseillers affirment que les tensions étaient déjà présentes au cours du précédent mandat, mais qu’elles se sont accentuées depuis les élections de novembre dernier, alors que le maire dispose désormais d’une majorité au conseil. Les conseillers Nancy Pouliot (district 1), Alain Fontaine (district 2) et Clément Boyer (district 3) ont été élus sous la bannière du parti du maire Christian Marin.

« Depuis novembre, les discussions sont de plus en plus fermées. On n’a plus un dialogue ouvert qui permet de rassembler les élus autour d’une vision commune », affirme Gabrielle Garand.

Les trois élus décrivent des caucus où le ton monterait régulièrement. Ils évoquent des interventions qu’ils jugent irrespectueuses, des haussements de voix et des échanges qu’ils qualifient de condescendants entre le maire et certains conseillers.

Selon eux, plusieurs démarches ont été entreprises afin d’améliorer les relations de travail, notamment lors de rencontres avec le maire et certains membres de son équipe, mais sans résultat.

« On est forcés de constater qu’il n’y a rien qui change », soutient Émilie St-Onge.

Des tensions jusqu’en séance publique

Les trois conseillers soutiennent également que les tensions dépassent le cadre des caucus et se manifestent lors des séances publiques du conseil.

Ils estiment que les citoyens critiques envers l’administration sont davantage interrompus pendant les périodes de questions et que les conseillers de l’opposition éprouvent plus de difficulté à obtenir le droit de parole.

Pierre-Adrien Gauthier-Marcil, élu conseiller municipal lors de l’élection partielle d’avril 2026, était intervenu sur le sujet du noyau villageois, à titre de citoyen à la séance du 10 mars pendant la période de questions.

« Quels impacts cela a-t-il sur le compte de taxes? Avez-vous réalisé une étude d’impact concernant la décision que vous avez prise aujourd’hui? Est-ce que cette décision a été prise sur la base des faits ou des sentiments? » a-t-il demandé.

Le maire lui a simplement répondu par une autre question : « De mon côté, puis-je vous poser une question? Est-ce que le noyau villageois est le seul projet qu’il y a à Saint-Philippe présentement? »

L’échange s’est ensuite envenimé et s’est conclu par des éclats de voix entre le maire et le citoyen.

Lors de la séance du 14 juillet, la conseillère Gabrielle Garand a également interpellé le maire. Celui-ci lui a indiqué qu’elle devait désormais demander le droit de parole avant d’intervenir et qu’il déciderait s’il le lui accordait. La greffière a précisé que cette façon de procéder relevait des pouvoirs du maire.

Quelques minutes plus tard, la conseillère Émilie St-Onge a demandé la parole à la suite d’une question d’un citoyen. Sa demande a été refusée.

Des inquiétudes concernant la gouvernance

Au-delà des relations de travail, les trois élus expriment des préoccupations quant au fonctionnement du conseil municipal.

Ils déplorent notamment l’absence, selon eux, d’une vision claire pour le développement de la municipalité.

Les trois conseillers assurent que leur démarche n’est pas personnelle, mais qu’elle vise à informer la population d’un climat de travail qu’ils jugent préoccupant pour la démocratie municipale.

« Un climat de plus en plus tendu »

Les préoccupations des conseillers trouvent un écho chez certains citoyens.

Un résident de Saint-Philippe, qui assiste régulièrement aux séances du conseil depuis plusieurs années, affirme au Reflet avoir observé une détérioration progressive du climat entre les élus. Il a également lancé une pétition toujours active, adressée aux 6 000 citoyens de la municipalité, demandant « un changement de leadership à Saint-Philippe pour rétablir un climat démocratique sain et transparent », qui avait recueilli 202 signatures en date du 31 juillet.

Selon lui, le ton employé durant les périodes de questions s’est durci au cours des derniers mois.

Il dit avoir remarqué que certains citoyens sont invités à écourter leurs interventions et estime que cela peut donner l’impression que les échanges publics influencent peu les décisions du conseil.

Ce résident, qui a également siégé au Comité consultatif d’urbanisme (CCU), affirme également avoir choisi de ne pas renouveler son mandat, évoquant une évolution de la dynamique du comité et un espace de discussion qu’il juge plus restreint.