Menacée par le gouvernement du Québec qui veut mettre la hache dans son Programme de l’expérience québécoise (PEQ), la santé financière et la stabilité de nombreuses entreprises d’ici est en jeu et c’est le cas de MDA Environnement, à Sainte-Catherine, qui pourrait perdre un allié précieux.

«Pour l’instant, nous avons juste un employé qui est touché, mais il est essentiel. Il est notre formateur pour les nouveaux électromécaniciens qui se joignent à l’entreprise. Si je le perds, il ne pourra plus former les jeunes qui sortent de l’école. Une formation qui dure au moins six mois et qui est très difficile. C’est un domaine niché et c’est difficile de recruter», explique Sylvie-Michèle Perron, actionnaire de l’entreprise qui se spécialise dans la gestion des matières résiduelles.

Mme Perron affirme qu’elle a besoin d’une vingtaine d’employés de plus pour son entreprise qui opère dans le domaine des équipements dédiés aux matières résiduelles.

«L’abolition de ce programme serait catastrophique pour nous. Ce n’est pas facile de recruter, c’est un domaine niché avec un emploi pas facile, sur la route, avec des heures non régulières. Notre employé de Tunisie, Rami Laattabi, en plus d’être adéquatement qualifié, est heureux de le faire et il ne demande qu’un peu de stabilité», lance-t-elle.

Une perle rare

Sylvie-Michèle Perron ne veut pas perdre Rami.

«Il pourrait être embauché n’importe où au Canada. Dès demain. Mais lui, il veut travailler ici. Il est dans la trentaine, il a fait venir sa femme du Chili en juin dernier et ils n’attendent que la permanence de son cas pour avoir des enfants. Ils sont enracinés ici et ils adorent vivre au Québec», plaide la dame qui opère MDA à Sainte-Catherine, mais aussi en Beauce et à Victoriaville.

Elle anticipe devoir ouvrir une filiale en Ontario pour accommoder son employé. «Je vais ouvrir une filiale à Ottawa. Il sera payé par MDA, mais en Ontario, et il pourra travailler pour l’entreprise partout. Ce sont de hauts salaires et ça fait vivre une partie de l’économie. Son argent, il la dépensera à Ottawa plutôt qu’au Québec. C’est triste de penser à ça. Je ne peux pas comprendre qu’on va perdre ça», indique Sylvie-Michèle Perron.

Autant Rami, qui compte huit ans d’expérience dans son domaine, que l’entreprise, vivent dans une complète insécurité en raison de l’abolition possible du PEQ.

La MRC dénonce aussi

Le Conseil de la MRC de Roussillon a d’ailleurs exprimé ses préoccupations à l’égard des nouvelles restrictions des programmes d’immigration et a invité les gouvernements à «adopter une approche plus nuancée qui tienne compte des réalités des territoires périurbains et régionaux».

«L’abolition du Programme de l’expérience québécoise et les modifications apportées au Programme des travailleurs étrangers temporaires ont bouleversé, sans période de transition, des démarches d’immigration jusque-là claires et prévisibles», dénonce la MRC.

« On ne change pas les règles du jeu en plein milieu de la partie! Modifier les politiques migratoires crée une incertitude réelle, autant pour les personnes immigrantes que pour les employeurs qui les embauchent. Le Conseil de la MRC ajoute sa voix en soutien à ceux et celles qui ont choisi de s’installer dans nos municipalités, d’y apprendre le français, d’y travailler et dont l’apport à la vitalité économique est indéniable », souligne Lise Michaud, préfète de la MRC de Roussillon et mairesse de Mercier.

Insécurité dans le milieu de la santé

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest doit manœuvrer avec cette nouvelle réalité.

«Nos employés provenant de l’international jouent un rôle essentiel dans l’offre de services à la population de la Montérégie‑Ouest tout comme celle de l’ensemble des employés qui œuvre en santé et en services sociaux dans nos établissements. En Montérégie-Ouest, l’abandon du PEQ touche directement 30 médecins et 345 employés et nous demeurons engagés à les soutenir afin d’assurer la continuité et la qualité des soins», informe Anick Drouin, porte-parole.

Elle indique que les dirigeants sont en contact avec les employés touchés et leurs gestionnaires.

«Nous les accompagnons dans les limites de ce que nous pouvons faire comme employeurs, puisque les démarches d’immigration doivent être faites par les employés directement. Nous suivons l’évolution de ce dossier de près et collaborons étroitement avec nos partenaires ministériels.»

Elle assure toutefois que les services des installations demeurent maintenus et que les ressources sont utilisées de façon optimale pour la population.

Soulignons que plus tôt la semaine dernière, Développement Vaudreuil-Soulanges a demandé aux deux paliers de gouvernement une exception territoriale en raison de la création d’ici deux ans de 3500 emplois dans la région directement liés à l’ouverture du nouvel hôpital.