L’Union des producteurs agricoles (UPA), le Syndicat canadien de la fonction publique – Québec (SCFP-Québec), Vent d’élus et le Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ) unissent leurs voix pour dénoncer l’implantation imminente de plusieurs centaines d’éoliennes au cœur des zones agricoles productives. Les organisations demandent à Hydro-Québec de suspendre son appel d’offres éolien prévu en avril et réclament un véritable débat public sur le développement de la filière éolienne au Québec.
Hydro-Québec prévoit ajouter 10 000 mégawatts (MW) de capacité éolienne d’ici 2035, dont 5000 MW visés par l’appel d’offres, principalement en zone agricole.
Le président général de l’UPA, Martin Caron, dénonce ce qu’il qualifie d’«invasion» d’éolienne. Il rappelle que le territoire agricole québécois est déjà soumis à de fortes pressions : «Depuis 10 ans, plus de 17 000 hectares ont été perdus au profit de l’étalement urbain, de la spéculation immobilière, de projets industriels et d’infrastructures.»

Il souligne également que seulement 2 % du territoire québécois est propice à l’agriculture. «Hydro-Québec dispose des 98 % restants. Pourquoi cibler systématiquement des régions comme la Montérégie, le Centre-du-Québec ou Lanaudière?» questionne-t-il.
Selon lui, alors que les agriculteurs doivent respecter de nombreuses normes environnementales, Hydro-Québec peut implanter des projets éoliens sans consultation adéquate. Il s’étonne aussi du silence de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) et du ministère de l’Environnement.
Lors de son dernier congrès, l’UPA a adopté une résolution demandant au gouvernement de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour réaliser une analyse globale de la filière éolienne. L’organisation souhaite également éviter toute installation dans les zones agricoles dynamiques et les érablières.
Du côté syndical, Pierre-Guy Sylvestre, du SCFP-Québec, critique la place grandissante du secteur privé dans la production d’énergie éolienne. Il rappelle que le rôle historique d’Hydro-Québec était de servir l’intérêt collectif. Selon lui, le projet de loi 69 ouvre la porte à une priorisation des intérêts privés au détriment du bien commun.
Négligence et enquête publique
Le RVÉQ, par la voix de sa coordonnatrice Janie Vachon-Robillard, accuse pour sa part le gouvernement et Hydro-Québec de négligence le fait de confier au privé l’évaluation des impacts sociaux et environnementaux. Elle estime qu’une mise à jour des normes est nécessaire et que seul un consentement clair des communautés, notamment par référendum, peut garantir l’acceptabilité sociale.

Rachel Fahlman, présidente de Vent d’élus, demande elle aussi une enquête publique et un ralentissement du développement éolien. Elle déplore que la filière progresse rapidement sans que ses impacts à l’échelle provinciale aient été pleinement évalués, rendant selon elle un BAPE générique essentiel.
Silence des partis de l’opposition
À une question du Courrier du Sud concernant la position des partis d’opposition dans ce dossier, un long silence a fait office de réponse. «Aucun des partis d’opposition, que ce soit le Parti libéral du Québec, le Parti québécois, Québec solidaire ou le Parti conservateur du Québec, n’appuie les démarches de l’UPA pour un meilleur contrôle du développement de la filière éolienne au Québec », a finalement indiqué Janie Vachon-Robillard, coordonnatrice au RVÉQ. Elle se questionne aussi sur le silence de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et de la Fédération des municipalités du Québec (FQM) dans ce dossier.
Impacts limités, selon Hydro-Québec
De son côté, Hydro-Québec affirme que l’énergie éolienne est compatible avec l’agriculture et occupe une superficie limitée — environ 300 hectares comparativement à des millions d’hectares agricoles.
La société d’État précise que les projets sont encadrés par des règles en cours de mise à jour et font l’objet de discussions avec l’UPA. Elle met aussi de l’avant l’importance du dialogue avec les communautés, de l’appui des municipalités et de consultations publiques menant à des mesures concrètes afin d’assurer l’acceptabilité sociale.
100 fois la capacité de Saint-Rémi
À titre de comparaison, les 10 000 mégawatts (MW) de capacité éolienne qu’Hydro-Québec prévoit ajouter d’ici 2035 représentent cent fois le projet éolien de Saint-Rémi, mis en service en 2012, qui développe une puissance totale de 100 MW grâce à 44 éoliennes de 2,3 MW chacune.

Le projet éolien de Saint-Rémi développe une puissance totale de 100 MW grâce à 44 éoliennes. (Photo : collaboration Coup d’œil)

