Un projet de reboisement citoyen mené depuis près de dix ans aux abords de l’autoroute 15, à la hauteur de la sortie 38 à Saint-Mathieu et Saint-Philippe, est au cœur d’un conflit environnemental opposant l’organisme La Vigile verte au ministère des Transports et de la Mobilité durable du Québec (MTMD).
Selon l’organisme, la plantation est aujourd’hui menacée par des remblais provenant de nettoyages de fossés effectués par le MTMD dans le Grand Montréal et acheminés à cette sortie d’autoroute.
Des matériaux contenant notamment des résidus d’asphalte, du plastique et divers déchets sont visibles sur ce site reboisé bénévolement depuis 2015.
« Ce n’est pas acceptable. Il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour qu’en sortant de l’autoroute, on tombe sur un dépotoir », déplore Gina Philie, directrice de La Vigile verte, en entrevue avec Le Reflet.
Selon l’organisme, des camions auraient commencé à déverser à plusieurs reprises des résidus de nettoyage de fossés dans l’une des bretelles à la fin de l’automne dernier. « On a fini par savoir que c’était le MTQ de Vaudreuil-Dorion », affirme Mme Philie.

L’organisme soutient que les remblais ne contenaient pas uniquement de la terre.
« Il y avait des restants d’asphalte concassé, des roches, un enjoliveur, du plastique, une boîte postale, des bouteilles et des canettes», soutient Mme Philie.

Face à la situation, La Vigile verte a déposé une plainte environnementale auprès du ministère de l’Environnement en décembre. La plainte a été jugée recevable, mais son traitement demeure toujours en cours.
Selon Gina Philie, une rencontre tenue en mars avec des représentants du MTMD aurait confirmé que le site de Saint-Mathieu avait été retenu parmi trois emplacements de la région métropolitaine pour accueillir des résidus issus du nettoyage de fossés.
L’organisme affirme également qu’une partie des plantations a été ensevelie sous les remblais. « Vingt petits pins blancs ont été remblayés sous les tas remplis de déchets », estime la directrice.
Le 6 mai, une firme environnementale, Terrapex, s’est rendue sur les lieux afin de procéder à une caractérisation des sols, rapporte l’organisme. Selon La Vigile verte, qui a parlé aux employés sur place, la firme aurait été mandatée par le MTMD.
Un projet environnemental né en 2015
Le projet de reboisement visait à répondre à plusieurs enjeux environnementaux dans ce secteur fortement industrialisé, bordé par l’autoroute 15 et des zones industrielles à proximité de quartiers résidentiels.
Au total, 500 arbres d’essences indigènes avaient été plantés sur près de 19 000 m² de terrain grâce à des surplus fournis par les pépinières du ministère de l’Environnement. L’objectif était notamment de réduire les îlots de chaleur, capter le CO2, diminuer le bruit de l’autoroute, limiter l’érosion des sols et favoriser la biodiversité.
Le projet avait vu le jour en 2015 après cinq années de négociations entre La Vigile verte et le ministère des Transports. Jusqu’à récemment, une collaboration existait entre les deux parties pour protéger les plantations contre les dépôts illégaux.
« Il y avait une collaboration qui était en place. Et là, soudainement, une directive arrive d’en haut. On ne comprend pas », affirme Gina Philie.
Saint-Mathieu soutient La Vigile verte
La controverse suscite également des réactions du côté municipal. En avril, la Municipalité de Saint-Mathieu a adopté une résolution appuyant la demande de réévaluation du dossier formulée par La Vigile verte.
Les membres du conseil municipal estiment qu’une réévaluation complète du dossier est nécessaire afin de trouver une solution « durable et respectueuse de l’environnement ». Les élus souhaitent également être impliqués dans les prochaines étapes du processus.
Sur le terrain, plusieurs citoyens ayant participé à la plantation des arbres expriment désormais leur colère et leur incompréhension.
« Les gens nous ont contactés pour demander pourquoi des camions venaient porter des déchets. Les citoyens sont fâchés », conclut Mme Philie.
Des démarches sont en cours afin d’obtenir des explications du ministère des Transports et du ministère de l’Environnement.
Le Reflet a également contacté le MTMD et était toujours en attente d’une réponse au moment de publier.
