De la musique espagnole meuble constamment la chambre de Roberto Martinez, un résident du Centre d’hébergement René-Lévesque à Longueuil. Amoureux de la nature, l’homme parcourt chaque jour de 30 à 40 kilomètres aux commandes de son fauteuil roulant électrique; un moyen de placer la douleur en second plan ainsi que d’explorer les multiples possibilités que lui offre la vie.
Article de Rosalie Dion
Les mots «Je ne suis pas capable» ne font pas partie du vocabulaire de Roberto Martinez, un homme originaire de Montréal qui a été victime d’un grave accident à 29 ans, alors que la voiture qu’il conduisait a fait de nombreux tonneaux sur l’autoroute Métropolitaine. Tous, y compris les autorités, croyaient qu’il y avait laissé sa vie. Il y a plutôt laissé sa mobilité.
«Je ne suis pas pire qu’un autre; je suis au milieu, explique le sexagénaire. Tout le monde se compare constamment, même ceux qui ne sont pas handicapés. Je me dis que quelque part, il y a des personnes beaucoup plus malchanceuses que moi.»
Explorer pour oublier la douleur
Roberto Martinez sillonne les rues de la Rive-Sud chaque jour. Son parcours diffère, mais il apprécie particulièrement observer les bateaux en bordure du boul. Marie-Victorin, à Longueuil, ou encore assister aux matchs de soccer et de baseball. Ces sorties quotidiennes de plusieurs heures lui permettent d’oublier les nombreuses douleurs que porte son cœur.
«J’oublie le mal, le fait que je suis handicapé. C’est une thérapie pour moi, vraiment.»
– Roberto Martinez
Il se promène en quête de nouvelles chansons à écouter, de nouvelles personnes à aborder et de nouveaux parcs à traverser.
Reprendre confiance
Il y a peu de temps, l’homme n’osait pas sortir le jour. Il avait peur du jugement et du regard des inconnus, qui le rendaient inconfortable.
«Avant, ma confiance en moi n’était pas très élevée et je m’en allais si je me sentais fixé. Maintenant, je leur dis: Qu’est-ce que tu veux toi? Pourquoi tu me regardes? Il faut toujours que je me dise que je suis capable. Avant, j’avais honte de mon handicap; maintenant, sincèrement, je m’en fous!» raconte-t-il, le sourire aux lèvres.
Un accident qui a tout changé
Après l’accident lors duquel il s’était cassé le cou, les hanches et le dos, Roberto Martinez a vu sa mobilité réduire graduellement. Il a également dû être opéré en 2002, les nerfs de sa mâchoire ne lui permettant plus d’ouvrir la bouche. Une opération risquée, avec moins de 20% de chance de réussite.
Son ex-femme, avec qui il a eu une relation pendant quinze ans, a pris soin de lui pendant sept ans suivant son accident. Elle avait toujours espoir qu’il marche à nouveau; une espérance qui est demeurée vaine.
«Il n’y avait jamais de jalousie entre nous, raconte-t-il. Je lui disais toujours: C’est toi la plus belle. Je ne serais jamais allé voir ailleurs, elle non plus.»
Dès qu’il a su qu’il serait confiné à un fauteuil roulant pour le reste de sa vie, il lui a demandé de partir. Il voulait lui éviter une souffrance inutile.
«Je savais qu’elle allait trouver l’amour ailleurs. C’est certain que ça me faisait du mal, mais j’ai dû faire avec. Elle a un fils qui a 12 ans. Il s’appelle Roberto, lui aussi», conclu-t-il, la larme à l’œil.

