Près de quatre mois après l’adoption d’un moratoire sur certains projets de développement dans le noyau villageois, le dossier continue de diviser le conseil municipal de Saint-Philippe.
Lors de la séance du conseil du 14 juillet, la conseillère Émilie St-Onge a demandé l’ajout d’un point à l’ordre du jour afin d’obtenir une mise à jour sur l’élaboration du futur Programme particulier d’urbanisme (PPU) du noyau villageois. Elle souhaitait notamment connaître l’état d’avancement du dossier ainsi que la vision du maire Christian Marin concernant le développement futur du secteur, en particulier en matière de densification.
À la demande du maire, le conseil s’est prononcé sur l’ajout du point à l’ordre du jour. Les conseillers Gabrielle Garand, Émilie St-Onge et Pierre-Adrien Gauthier-Marcil ont voté en faveur. Les conseillers Nancy Pouliot, Alain Fontaine et Clément Boyer, ainsi que le maire Christian Marin, ont voté contre. La proposition a donc été rejetée.
Pour les trois conseillers, qui ont récemment écrit une lettre ouverte dénonçant notamment un climat de méfiance à l’hôtel de ville, cet épisode s’inscrit dans la continuité des tensions entourant le moratoire de 90 jours adopté en mars dernier sur certains projets de développement dans le noyau villageois. Ils soutiennent avoir été informés de cette mesure une vingtaine de minutes seulement avant la séance du conseil où elle a été adoptée. Selon eux, les documents qui leur ont été remis ne leur permettaient pas d’en évaluer adéquatement les conséquences, notamment sur les plans juridique et économique.
Lors de la séance du 10 mars, les conseillères Gabrielle Garand et Émilie St-Onge avaient d’ailleurs indiqué publiquement ne pas avoir reçu, avant la séance, la documentation nécessaire pour analyser la mesure proposée. Elles avaient précisé que le point leur avait été présenté environ 20 minutes avant le début de la réunion.
En réponse, le maire Christian Marin avait affirmé qu’il assumait cette décision et qu’aucune étude d’impact n’avait été réalisée au préalable, indiquant à plusieurs reprises que les conséquences seraient évaluées ultérieurement.
Les trois conseillers lui reprochent d’avoir présenté cette décision comme relevant de son seul choix, sans consultation préalable suffisante du conseil municipal.
Lors de cette même séance, un citoyen avait d’ailleurs déploré que le maire n’accorde pas, selon lui, suffisamment d’écoute aux autres membres du conseil.
« Les gens ont voté pour l’ensemble du conseil, pas pour une personne qui prend une décision comme ça avant le conseil. Je ne comprends pas », avait-il déclaré.
« Vous avez le droit d’être déçu. C’est ma décision, c’est tout », lui avait répondu le maire.
Consultation citoyenne
À la suite du moratoire, la Ville a mandaté une firme externe afin de sonder la population sur l’avenir du noyau villageois.
Les trois conseillers estiment toutefois que les conclusions de cette consultation n’ont pas été pleinement prises en compte.
Le rapport indique que les citoyens souhaitent maintenir un pôle commercial et des services de proximité, favoriser un milieu de vie animé qui combine résidences, commerces et espaces publics, permettre l’intégration de nouveaux projets plutôt que la conservation intégrale de tous les bâtiments existants, ainsi que poursuivre les orientations déjà prévues au Programme particulier d’urbanisme, notamment en matière de revitalisation et de développement commercial. Ces constats figurent aux pages 22 à 28 de l’analyse synthèse produite par la firme.
Pour rappel, la Ville de Saint-Philippe s’est dotée d’un Programme particulier d’urbanisme en 2020, lequel a été modifié avant d’entrer en vigueur en février 2024.
Selon les trois conseillers, plusieurs projets qui leur ont été présentés répondaient déjà aux orientations privilégiées par les citoyens, notamment par l’intégration de commerces de proximité, de logements, d’une architecture soignée et d’un développement respectueux du caractère villageois.
Le maire soutient toutefois que le PPU doit être revu afin de mieux refléter les orientations exprimées lors de la consultation publique.
« Les résultats ne correspondaient pas à sa vision », juge Gabrielle Garand lors d’une entrevue avec Le Reflet, qui estime que certaines données du rapport ont été retenues au détriment de son analyse d’ensemble.
Des projets en suspens
Les trois conseillers craignent que cette période d’incertitude ait entraîné des répercussions sur plusieurs projets résidentiels et commerciaux.
Lors de la séance du conseil de mars, un représentant de Gestion Dclic, entreprise ayant acquis deux terrains sur la montée Monette pour 1,6 M$, a fait part de sa déception.
« Ça fait environ un an qu’on travaille avec la Ville. On a reçu une recommandation favorable du Comité consultatif d’urbanisme il y a quelques semaines. Le contrôle intérimaire nous accroche. On s’est basés sur le PPU de 2020. On était rendus à choisir la couleur de la brique », a-t-il déclaré.
Au cours de la même séance, un citoyen a reproché au maire un manque de loyauté envers les promoteurs dont les projets se retrouvaient ainsi retardés.
Au moment de publier, le maire Christian Marin n’avait pas répondu aux questions du Reflet concernant la gestion du moratoire, les consultations menées auprès du conseil municipal ni les critiques formulées par les trois conseillers.
