Le milieu communautaire de Roussillon joindra la grève de services déclenchée au Québec du 23 mars au 2 avril. L’intention : «dénoncer le sous-financement chronique du milieu et exiger des investissements structurants de la part du gouvernement du Québec».

Pendant deux semaines, au moins une vingtaine d’organismes de Roussillon participeront aux activités quotidiennes du mouvement québécois Le communautaire à boutte. Une mobilisation régionale se tiendra le 27 mars au parc St. Mark à Longueuil à 11 h 30.

En Montérégie, le nombre d’organismes se chiffre à plus de 150, indique l’intervenante à la Maison du Goéland et représentante régionale en Montérégie du communautaire à boutte, Émily Côté, dans le balado Ceci n’est pas une revue de presse de Gravité Média. Les actions s’étendront à la province et aux régions. Chez nous, les activités sont en développement, mentionne Raphaël Guimond, intervenant aux volets communautaires de l’Avant-Garde en santé mentale et représentant local Jardins-Roussillon du communautaire à boutte.

Fermeture et diminution des services

Du 23 mars au 2 avril, les services des organismes seront tantôt fermés, tantôt diminués. Le choix est à la discrétion des organismes. À l’Avant-garde en santé mentale de La Prairie, le groupe d’entraide sera suspendu et l’hébergement fermera ses portes le jour du 25 mars au 2 avril. «Nos membres [une trentaine] sont avec nous dans la mobilisation. Depuis le jour 1, on en discute avec eux. Ils vont être invités et vont prendre part aux actions avec nous. On veut aller chercher des alliés dans la communauté, les députés, le système de la santé», indique M. Guimond au Reflet.

communautaire a boutte
Un membre et une intervenante de l’Avant-garde en santé mentale, devant l’organisme. (Photo : gracieuseté – l’Avant-garde en santé mentale)

Du côté de Châteauguay, l’Élan des jeunes modifiera ses activités. En entrevue, la codirectrice de l’organisme, Marie-Pier Gendron, a mentionné que le plan à mettre en œuvre n’était pas défini. «Malheureusement, il faut qu’il y ait une coupure de services pour que le gouvernement comprenne l’importance des services communautaires», déplore-t-elle.

L’hébergement de nuit auprès de la clientèle demeurera. «Un nouveau jeune qui voudrait venir à l’hébergement ne pourra possiblement pas pendant ces deux semaines. Il sera référé aux services du réseau que ce soit l’hôpital, le CLSC, les députés», énumère Mme Gendron.

Le Centre d’action bénévole (CAB) du grand Châteauguay n’offrira aucun service bénévole ni d’intervention du 23 mars au 2 avril, indique la directrice générale de l’organisme, Annik Hall.

La Fédération régionale des OSBL d’habitation de la Montérégie et de l’Estrie (FROHME) maintiendra ses services du 23 mars au 2 avril. Dans un communiqué de presse, la Fédération se dit solidaire au mouvement, mais «ne prendra pas part à la grève communautaire». Elle appuie les revendications des organismes.

Sous-financement

Le milieu communautaire est sous-financé depuis «plusieurs décennies», note M. Guimond. En 2025, la Montérégie s’est partagé un surplus de Québec de 1,2 M$, soit près de 3 428 $ supplémentaire par organisme, affirme-t-il. «Le comité régional de la Montérégie a estimé que le manque à gagner en Montérégie pour le financement des organismes d’action communautaire de tous les secteurs est de 116 M$», ajoute-t-il.

Le financement de Québec ne coïncide pas avec les besoins en hausse des clientèles. «Les besoins augmentent dans la communauté avec tous les enjeux sociaux, soit la crise du logement, le coût de la vie, la sécurité alimentaire, le revenu», dit Raphaël Guimond.

Le financement insuffisant occasionne un roulement du personnel. Des travailleurs du milieu communautaire quittent pour un emploi offrant de meilleures conditions de travail. À l’Avant-garde en santé mentale, M. Guimond explique que le départ d’intervenants, par exemple, joue sur le lien de confiance avec la clientèle qui est à créer à nouveau. 

Des organismes jonglent avec un financement accordé pour réaliser un projet déterminé plutôt que poursuivre leur mission. L’Avant-garde en santé mentale bénéficie d’un financement année après année pour le volet communautaire seulement. «Le volet hébergement ne l’est pas», précise M. Guimond. Il confie que l’organisme œuvrant en santé mentale diversifie ses sources de revenus en prenant part à des événements régionaux.

L’Élan des jeunes reçoit une aide financière de Québec de 470 000 $ pour poursuivre sa mission. Ce montant représente le quart du financement pour assurer un service d’hébergement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, soutient Marie-Pier Gendron. «Il nous faut à peu près 1,3 M$, estime-t-elle. Le 800 000 $ manquant, je dois aller le chercher ailleurs.»

En 2025, le budget de fonctionnement du CAB du grand Châteauguay s’établissait à 900 000 $. Mme Hall explique que la somme de 1,5 M$ est nécessaire pour assurer la mission de l’organisme. Si le CAB avait dans ses coffres le manque à gagner de 600 000 $, la direction entretiendrait le bâtiment abritant l’organisme, dont elle est propriétaire, en plus d’offrir des avantages sociaux au personnel et voir à l’embauche d’une ressource supplémentaire dédiée aux communications, entre autres.  

Conditions de travail décentes et reconnaissance

Outre un financement suffisant, Le communautaire à boutte demande à Québec des conditions de travail décentes pour ses travailleurs. «Si on se compare au réseau public, le salaire est moindre. Nous parlons d’un maximum de 40% plus bas que le salaire moyen au Québec», avoue Raphaël Guimond.

Le mouvement demande une meilleure reconnaissance des organismes afin d’éviter aux clientèles de «se promener de ressource en ressource». La collaboration avec le secteur public s’est améliorée, souligne M. Guimond, mais ça pourrait être mieux. «Il y a encore des personnes qui se font proposer l’option d’aller en psychiatrie au lieu d’aller à l’Avant-garde», dit-il. La protection de l’autonomie et la fin du financement précaire ainsi qu’un engagement clair à investir dans le modèle communautaire comme pilier stratégique complètent les revendications du mouvement Le communautaire à boutte.