Vieillir chez soi, dans un quartier qu’on aime, près de ses souvenirs et de ses habitudes : c’est le souhait de bien des gens. Pourtant, avec la hausse du coût de la vie et des revenus de retraite qui ne suivent pas toujours, plusieurs propriétaires de 55 ans et plus se retrouvent coincés. Vendre? Déménager dans un appartement à 1 600 $ ou 2 000 $ par mois? Il existe d’autres options, estime Annie Riendeau, courtière hypothécaire chez Hypotheca.

C’est là qu’entre en jeu un produit encore méconnu : l’hypothèque inversée.

« Je trouve ça triste que des gens vendent leur propriété faute de liquidités alors qu’il existe une solution pour la conserver », confie Mme Riendeau. Selon la Delsonnienne, beaucoup de propriétaires ignorent qu’ils peuvent transformer une partie de la valeur de leur maison en argent comptant, sans avoir à effectuer de paiements mensuels.

photo annie riendeau
Annie Riendeau, courtière hypothécaire (photo gracieuseté)

En quoi est-ce “inversé”?

Contrairement à une hypothèque traditionnelle, où l’on rembourse le capital et les intérêts chaque mois, l’hypothèque inversée ne comporte aucun paiement obligatoire. Les intérêts s’accumulent au fil du temps et le solde est remboursé seulement lors de la vente de la propriété ou au décès du propriétaire.

« On ne regarde pas les revenus des gens, explique-t-elle. On regarde uniquement l’équité de la maison. » Autrement dit, même si une banque refuse un refinancement parce que les revenus se limitent aux pensions gouvernementales, l’hypothèque inversée peut demeurer une option.

Le montant accessible dépend principalement de trois facteurs : l’âge du propriétaire, la valeur de la propriété et son emplacement. Dans un cas récent, des propriétaires de 72 ans, à Delson, ont pu obtenir l’équivalent de 44 % de la valeur de leur maison en liquidités.

Un coussin pour mieux respirer

Les sommes peuvent être versées en un seul montant ou sous forme de versements mensuels. Les usages sont variés.

Certaines personnes s’en servent pour rembourser une marge de crédit accumulée au fil des ans — voyages, imprévus, rénovations reportées. D’autres souhaitent moderniser leur cuisine, adapter leur domicile à une condition médicale ou simplement retrouver une marge de manœuvre financière.

Il existe aussi des contextes plus positifs. « Des clients aisés choisissent d’aider leurs petits-enfants à acheter une première propriété en utilisant une partie de l’équité de leur maison pour la mise de fonds », souligne la courtière.

Dans tous les cas, l’idée demeure la même : redonner de la flexibilité.

Vendre ou rester?

On pourrait croire qu’il est plus économique de vendre une grande maison pour s’installer dans plus petit. Or, avec la hausse marquée des loyers, le calcul n’est pas si simple.

« Des clients regardaient des appartements à près de 2 000 $ par mois pour quelque chose à leur goût », raconte Mme Riendeau. En comparaison, rester chez soi, sans paiement hypothécaire mensuel, peut représenter une option rassurante — quitte à utiliser une partie des fonds pour de l’aide à domicile plus tard.

Bien sûr, le taux d’intérêt d’une hypothèque inversée est généralement plus élevé que celui d’un refinancement classique. « C’est pourquoi on vérifie toujours d’abord si un refinancement traditionnel est possible. Et pour ceux qui souhaitent préserver un maximum d’héritage, il est possible d’effectuer des paiements volontaires — sans obligation », précise la courtière hypothécaire.

Offerte principalement par l’entremise de courtiers hypothécaires — et par quelques institutions spécialisées — l’hypothèque inversée demeure un produit de niche. « Mais dans un contexte où la longévité augmente et où les budgets se resserrent, elle pourrait devenir un outil pour permettre aux aînés de vieillir chez eux, avec un peu plus de sérénité », conclut Mme Riendeau.