L’autoroute 30 n’a pas eu que des impacts positifs sur le transport. Marc Cadieux, président et directeur général de l’Association du camionnage du Québec, a été à même de constater que ses membres ont eu la vie dure par moments.
Avant même la mise en opération de l’autoroute 30, Jacques Lacourse, président d’Andy Transport, craignait que le boulevard Mgr-Langlois devienne le Stampede du camion. Force est d’admettre que sa prédiction s’est matérialisée.
«La voie alternative non payante était Mg-Langlois, reconnaît Marc Cadieux. En même temps, on a été confronté à une densification urbaine. Il y a aussi eu un mouvement de la population qui trouvait qu’il y avait trop de camions. Pourtant, les camions sont nécessaires dans le développement urbain.»
Si la route 201 a été utilisée davantage par les camionneurs, est-ce à dire que le poste de péage était bien situé ? «Le pont à péage n’est pas à la bonne place, mais c’est fait, répond M. Cadieux. La tarification aurait cependant dû être incitative. Mais le contrat entre le consortium et le gouvernement libéral de l’époque comportait une formule de calcul pour l’augmentation de la tarification. Elle a même baissé lorsqu’il y a eu moins d’utilisateurs.»
Ses membres ont été pris en grippe. Le gouvernement a tenu la pression jusqu’à interdire le camionnage de transit entre 7h et 19h.
Des données de juillet dernier du ministère du Transport et de la Mobilité durable indiquent que 26 900 véhicules ont emprunté le pont Serge-Marcil chaque jour. Du groupe, 31 % sont des camions. Quant à l’axe 530, on observe 22 700 passages à la même période, dont 25 % de camion.
Soutenues par des statistiques sur d’autres segments de l’autoroute 30, les données démontrent une tendance intéressante, selon Benoît Lachance. «On voit un transfert de camions de la route 132 et de des segments de l’autoroute 20, reconnaît le conseiller en communication du MTMDQ. En ce sens, l’autoroute 30 a clairement eu l’effet recherché pour la Rive-Sud.»
Pour Marc Desserrières, directeur général d’A30 Express, la fin du camionnage de transit sur Mgr-Langlois doit être analysée en deux temps. «Il y a eu un hausse au poste de péage, dit-il. Plusieurs se la sont appropriée et ont désormais un transpondeur. Mais en même temps, ces camions, on les voyait sur la 530.»
Le bon tracé ?
Le développement de l’autoroute 30 a fait l’objet de nombreux débats. Notamment quant à son tracé qui a changé en cours de route. Marc Cadieux et son organisation ne se sont pas impliqués dans ce dossier, mais il rappelle les affrontements. «Si on retourne à la planche à dessin, il y a les agriculteurs qui ne voulaient pas le morcellement de leurs terres agricoles et les commerçants qui voulaient profiter de cette affluence, évoque-t-il. Maintenant, est-ce que la situation a été comme les commerçants l’envisageaient ? Je vois ça comme Damn if you do, damn if you don’t. [Tu seras critiqué peu importe la decision]»
