Alors que les derniers travaux de construction achèvent dans l’immeuble du futur centre des arts et de la culture de Kahnawake sur la route 132, les élèves du programme d’immersion de langue mohawk y ont déjà déménagé depuis quelques semaines. Ce nouveau lieu moderne et lumineux devient un symbole identitaire fort pour la communauté autochtone.
Le centre linguistique et culturel de Kahnawake existe depuis près de 50 ans, mais pendant longtemps les élèves devaient suivre les cours dans de vieux locaux désuets.
La preuve, les deux derniers bâtiments où l’organisme s’était établi sont aujourd’hui démolis en raison de leur vétusté.
«C’était des espaces trop chauds l’été, trop froids l’hiver, qu’on devait partager avec de la moisissure», illustre la directrice du centre Lisa Philips.
Ce genre d’établissement donnait l’impression que la langue mohawk n’était pas importante, selon elle.
«C’est comme si ça nous avait conditionné que c’était ce qu’on méritait, ce que notre langue méritait. Avec mon équipe nous avons travaillé et dit : non ! On mérite tout ça!» explique-t-elle en faisant référence au nouvel édifice qui inclura également un musée et un théâtre.
Mme Philips se réjouit de voir des élèves déjà profiter des lieux. Le nouvel immeuble est situé juste à côté de l’école secondaire et plusieurs élèves curieux viennent voir le centre culturel. Un sentiment de fierté se lit facilement sur son visage.
L’apprentissage de la langue demeure un défi puisqu’il n’existe pas d’émission de télé, de radio ou encore de livres dans la langue mohawk.
«Même pour nos programmes de langue, on doit créer ces outils puisqu’ils n’existent pas», fait savoir Mme Phillips, elle-même diplômée du programme d’immersion.
«Quand j’étais enfant, je ne connaissais pas du tout ma langue, mais j’ai aujourd’hui une petite-fille de 6 ans qui la connait de même que mes enfants.»
Paul Rice, un des chefs du conseil mohawk de Kahnawake qui était présent lors de l’annonce de la fin de la campagne de financement, a lui aussi raconté ne pas avoir appris la langue quand il était petit.
«Je l’ai appris de mes enfants qui ont deux et cinq ans», confie-t-il. Il a récemment fait une déclaration d’ouverture du conseil mohawk dans la langue Kanien’kéha pour la première fois. «Je me suis pratiqué avec mes enfants pendant un certain temps», dit-il. L’élu croit que ce projet profitera à plusieurs générations.
Un projet de 56 M$
De nombreux partenaires étaient réunis le 4 mai au centre des arts et de la culture de Kahnawake pour annoncer fièrement avoir réussi à atteindre l’ambitieux objectif d’amasser 16 M$ pour compléter le budget 56 M$ pour la réalisation du projet.

Cela fera bientôt dix ans que le projet de construire un lieu où seraient réunis un musée, un théâtre et un centre destiné à la culture et à la langue mohawk à Kahnawake a commencé. D’abord estimé à 32 M$, le budget a bondi en raison des coûts de construction et de la pandémie à 56 M$.
Le gouvernement fédéral s’est engagé en 2022 à verser une somme de 16 M$. Le gouvernement du Québec a suivi l’année suivante avec un montant de 11 M$. Une somme de 2,5 M$ a également été récemment confirmée via le Fonds du Canada pour les espaces culturels.
Le reste du financement provient entre autres d’une campagne majeure de financement qui était présidée par l’ancienne grande cheffe du conseil mohawk de Kahnawake Kahsennenhawe Sky-Deer.
D’entrée de jeu, Mme Sky-Deer savait qu’elle ne pourrait pas amasser 16 M$ uniquement dans la communauté de Kahnawake. Elle devrait solliciter des donateurs du Grand Montréal. Un mandat difficile ? «Pas du tout, nous n’avons presque pas eu de refus», indique-t-elle en entrevue.
«C’est un engagement de la part des gens à l’extérieur de la communauté qui ont cru à la vision et qui ont vu combien ce projet était important, pas seulement pour les gens de Kahnawake, mais pour nous tous dans le Grand Montréal pour continuer bâtir des relations et apprendre à nous connaitre», explique-t-elle.
Partager sa culture
Le musée qui ouvrira ses portes d’ici septembre permettra à la communauté autochtone de raconter sa propre histoire et de faire connaitre sa culture à un grand bassin de gens, étant collé sur la métropole.

«Je dirais que les livres d’histoire ne nous rendent pas justice. C’est mieux d’apprendre directement des gens concernés et se débarrasser de vieilles perceptions», mentionne Mme Sky-Deer.
En octobre dernier, un radiothon a été organisé en partenariat avec la radio locale K103. L’objectif de départ était d’amasser 200 000 $, mais c’est finalement le triple du montant, soit 660 000$ qui a été récolté en deux jours.
«Je pense que je n’arriverais pas à décrire la fierté que j’ai ressentie cette fin de semaine-là. Quand j’entendais des enfants appeler pour donner un 20 $ qui provenaient de leurs épargnes et mettant au défi d’autres personnes d’en faire autant, ça remplissait mon cœur», a exprimé la directrice du centre culturel et linguistique Lisa Philips.

