Un jeune sur quatre passe quatre heures ou plus par jour devant les écrans. La proportion grimpe encore la fin de semaine : près d’un élève du secondaire sur deux en Montérégie consacre au moins quatre heures quotidiennes aux écrans.
Ces données, issues de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire menée auprès d’élèves de la 1re à la 5e secondaire, brossent un portrait préoccupant. La Direction de santé publique de la Montérégie y observe en parallèle une dégradation de l’état de santé mentale des jeunes, tant sur le plan des difficultés ressenties que des troubles diagnostiqués.
Une santé mentale en recul
Entre 2016-2017 et 2022-2023, la proportion de jeunes affichant une santé mentale positive est passée de 49 % à 36 %. Dans le même temps, le niveau de détresse psychologique élevé a doublé pour atteindre 42 % des adolescents, avec une hausse particulièrement marquée chez les filles, alors qu’il s’élevait à 36 % en 2016.
Benoît Gauthier, sociologue responsable du dossier Utilisation équilibrée des écrans chez les jeunes à la Direction de santé publique de la Montérégie, souligne que les écrans utilisés à des fins de loisirs sont associés à des effets négatifs, surtout au-delà de quatre heures par jour. « Une grande partie du temps d’écran des jeunes sert à se divertir et à combler l’ennui », précise-t-il.
L’utilisation des écrans se concentre principalement sur les réseaux sociaux TikTok, Snapchat, Instagram, et les jeux vidéo comme Fortnite, Call of Duty, Rocket League ou Minecraft.
Impacts sur le développement
Sans être l’unique facteur, le temps d’écran figure parmi les principaux éléments associés à la dégradation de la santé mentale. Les données montrent que les jeunes les plus exposés aux écrans présentent davantage de symptômes anxieux et dépressifs. En Montérégie, 35 % des adolescents déclarent souffrir d’anxiété généralisée, avec un écart marqué entre les garçons (18 %) et les filles (54 %).
Les études établissent un lien entre un usage intensif des écrans et des difficultés scolaires, une diminution de l’activité physique et des troubles du sommeil. De plus, les filles, en particulier, rapportent davantage de problèmes liés à l’image corporelle.
À l’inverse, les jeunes qui limitent leur temps d’écran présentent généralement une meilleure gestion des émotions, plus d’empathie et une plus grande sensibilité aux autres.
« C’est un cercle vicieux», observe Benoît Gauthier. «Plus un jeune passe de temps devant les écrans, plus son état peut se détériorer, ce qui l’amène à s’y réfugier davantage. »
Les réseaux sociaux exposent les adolescents à des modèles de vie et des corps idéalisés, souvent inaccessibles. « En pleine construction identitaire, ils se comparent à des standards irréalistes », souligne le sociologue.
À cela s’ajoute un phénomène de « déplacement du temps ». Les heures passées devant les écrans empiètent sur d’autres activités essentielles, comme le sport, les interactions en personne ou les loisirs créatifs. Autant d’expériences qui contribuent pourtant au développement des compétences et du bien-être.
Même constat du côté de Louis Moubarak, directeur général de Santé mentale Québec Rive-Sud. Il observe une hausse de l’anxiété et de la dépression liée notamment à l’isolement.
« Une forte connexion numérique ne remplace pas les interactions réelles et peut accentuer la solitude », insiste-t-il.
Des pistes d’action
Selon Benoît Gauthier, plusieurs leviers d’action sont envisagés. À la maison, il recommande de retarder l’accès au cellulaire, de privilégier son utilisation dans les espaces communs et d’éviter les écrans dans la chambre à coucher.
Instaurer des moments sans écran, notamment avant le coucher, et désactiver les notifications figurent aussi parmi les gestes à adopter. « Les parents doivent aussi réfléchir à leurs propres habitudes », rappelle Benoît Gauthier.
Du côté des écoles, la réflexion se poursuit sur la place des écrans dans les apprentissages et sur la nécessité d’en encadrer l’usage. D’ailleurs, selon Benoît Gauthier, l’interdiction des cellulaires a eu un effet positif.
