Après six ans à sa direction, Frédéric Côté quittera Le Partage, le 31 janvier. À peine est-il assis devant la journaliste qu’il admet ne pas aimer parler de lui. Durant les quelque 30 minutes de l’entrevue, il abordera surtout le travail accompli par l’équipe du Partage et les assises sur lesquelles l’organisme de sécurité alimentaire a consolidé sa notoriété.
Qu’est-ce qui vous a d’abord mené au Partage ?
«J’ai étudié en commerce international, j’ai vendu des minibus et des intérieurs de train. Je me suis impliqué pour le PQ, et puis j’ai rencontré celle qui est devenue ma blonde, qui travaillait pour [le député] Alain Therrien, ici. On a déménagé ensemble à Verdun, je travaillais au centre-ville, dans une boite de relations publiques. Ensuite, on a acheté une maison à La Prairie, mais La Prairie – centre-ville, ça se faisait moins bien. J’ai entendu qu’il y avait une ouverture de poste de DG adjoint au Partage, je l’ai eu en 2017. J’étais identifié comme la relève de Cathy [Lepage, directrice de l’époque). Elle a quitté en 2019.»
Déjà, aviez-vous une vision, des objectifs pour le Partage ?
«Je suis un développeur. C’est ce que j’aime faire : la croissance, le développement de partenariats, de projets. Je suis arrivé de Drummondville, une région où les entreprises sont hyper impliquées dans les organismes, et ici, en 2017, il n’y en avait pas tant. C’était le mandat qu’on m’avait donné et encore plus avec la planification stratégique qui a suivi: tu développes, tant les services communautaires que l’économie sociale.»
Quel bilan en dressez-vous? Avez-vous réussi ce mandat ?
«Je trouve que le bilan de développement est accompli (et je pense que c’est sain pour entreprise et surtout un organisme, de changer de direction pour avoir nouvelle vision).
Je suis très content de ce qui a été fait. On s’est donné un plan de partenariat sérieux, avec des lignes directrices. On a commencé avec des ambassadeurs, des villes, des épiciers qui donnent la bouffe qu’on va récupérer…
On a changé la façon de faire pour le bénévolat. Avant, on exigeait trois heures et on les envoyait où il y avait des besoins. Là, on a un poste de responsable des bénévoles. Si tu as une heure à donner, on va la prendre, et voici ce qui est possible. Ce volet plus humain, c’est ma plus grande fierté.
On a des employés extraordinaires, on a augmenté le nombre de bénévoles, le nombre de partenariats. Quand on dit «merci de nous aider à aider», c’est vraiment ça. Et on a professionnalisé nos façons de faire, c’est ce qui a amené la notoriété.»
Comment le Partage a évolué sur le plan financier ?
«Les revenus ont doublé, l’autofinancement a augmenté de 20%, passant d’un peu plus de 60 à 84%, par la gestion de l’écocentre, les nouvelles friperies… Mais plus de revenus ne veut pas dire que nous sommes plus riches, car il y a plus de dépenses aussi.
On n’avait jamais eu d’événement de financement au Partage. On me l’a dit : si tu veux faire de l’argent, il faut mettre de l’argent. Alors on a commencé avec le 20e anniversaire, on a cogné aux portes. Sans nous vanter, je crois qu’on est maintenant l’événement de la région : l’an passé, les 320 billets ont été vendus en deux semaines.»
Quelle est votre plus grande fierté ?
«Je suis très fier du Programme des petites bedaines pleines. Au début, on le faisait nous-mêmes en cuisine. Parce qu’il n’y avait pas de micro-onde dans les écoles, on travaillait avec des thermos! On travaille maintenant avec des traiteurs dans les écoles. Ça nous a permis d’évoluer, et d’arriver à un programme qui est aujourd’hui, selon moi, parfait, qui se finance grâce à la communauté avec un événement par année.
Les petites bedaines, la Voûte au DIX30, la gestion de l’écocentre… tout ça est dans une vision globale : il y a les services, et l’économie sociale. L’économie sociale ramasse l’argent et les services la dépensent.»
Comment est d’ailleurs venue l’idée d’ouvrir une friperie au Quartier DIX30 ?
«C’était une joke à la base. En 2017, j’avais dit: je veux être la première friperie au DIX30. Il y a des gens du CA qui m’avaient entendu, et la joke est devenue une idée réaliste.
Je dis toujours : il faut croire aux licornes. Après ça, la corne tombe, ça devient un cheval et un projet réaliste. Mais si tu penses juste au poney, ton projet ne sera pas un cheval.
Alors pour le DIX30, on a fait des actions pour que ça fonctionne.»
Il y a eu parfois des commentaires de gens qui trouvaient les prix élevés dans les friperies. Y a-t-il encore de la sensibilisation à faire sur leur rôle?
«On l’entend moins, mais il y a toujours de l’éducation à faire. Les friperies, c’est notre palette de chocolat pour financer des activités. C’est pour acheter de la bouffe. Ma mission, ce n’est pas d’habiller le monde, c’est de les nourrir.
En 2017, des gens me disaient ne pas vouloir aller dans les friperies, pour «ne pas l’enlever aux pauvres». Mais c’est le contraire : c’est ouvert à tous et avec le profit, j’achète le steak haché, les fruits, les légumes, le lait. C’est ce qu’on a voulu créer au DIX30 : une friperie boutique. Les gens y entrent, et sont étonnés d’apprendre que c’est une friperie.
Pour les prix : on a des gens qui se promènent, et toutes les friperies ont augmenté. Des gens me disent : les vêtements te sont donnés. Oui, mais je dois payer les locaux, l’électricité, les gens… Et tout a augmenté.»
Que souhaitez-vous au Partage pour la suite ?
«Le meilleur évidemment. Il y a encore plein de projets sur la table, et la nouvelle direction décidera si elle continue : le nouvel écocentre, les logements sociaux sur Saint-Pierre… J’avais entamé des discussions pour les serres, l’épicerie à tarification sociale. Mais, on ne peut pas être tout le temps en développement.
Je souhaite que le Partage puisse consolider les choses, améliorer les processus, s’assurer que notre monde est bien. Je n’en doute pas, mais il y a toujours des choses à améliorer en ressources humaines. On est passé de quelque 30 employés à 56 employés.»
Qu’est-ce qui se dessine pour vous pour la suite ?
«Pour l’instant, je n’ai rien. Il faut que je «ferme la boite» du Partage, que je ferme les tiroirs dans ma tête. Je vais me donner le temps de me reposer. Je n’ai aucune idée de ce qui m’attend. Est-ce que le développement économique peut m’intéresser? Le repreneuriat, peut-être. Une chose est certaine : j’aime ça prendre soin du monde.»
Le nom de la personne qui occupera la direction générale n’a pas encore été dévoilé.

