Justin Mbaya n’a jamais vraiment aimé l’école et a quitté le cégep à la suite d’une blessure au genou l’ayant écarté des terrains de basketball. Il parcourt maintenant les écoles secondaires pour y livrer des conférences afin d’inspirer les jeunes et les motiver à persévérer et, comme lui, à trouver leur passion.
Si quelqu’un lui avait dit à l’adolescence qu’il développerait un jour sa propre compagnie de production musicale et qu’il se tiendrait régulièrement devant des classes d’élèves pour les interpeller sur l’importance de l’école et de la motivation, il n’y aurait probablement pas cru.
«À l’école, j’avais des difficultés d’apprentissage. J’ai souvent échoué et, pour réintégrer le programme régulier, j’ai dû faire des cours d’été. Tout ce qui touchait le français, la communication, je ne voulais rien savoir», raconte le Brossardois de 26 ans.
Il a tout de même pu faire son chemin jusqu’au cégep de Rosemont.
«Ce qui me gardait à l’école, c’était le basket, poursuit-il. C’était ma seule motivation.»
Qu’arrive-t-il alors lorsqu’une blessure met fin à toute possibilité d’évoluer dans une équipe sportive?
«J’ai tout lâché, relate-t-il. Je me disais: Si je n’ai plus de basket, je n’ai plus de vie. J’ai laissé passé un an, deux ans, trois ans… à ne rien faire.»
Jusqu’à ce qu’une rencontre avec une intervenante du Centre d’intégration jeunesse adulte (CIJAD), à Longueuil, lui ouvre les yeux sur d’autres possibilités.
«Elle m’a vraiment aidé pendant que je pensais que j’étais perdu. J’ai découvert que j’avais des petits talents cachés, autres que le basketball», relève-t-il.
Et l’un de ces talents, c’est la musique.
Aujourd’hui, sa compagnie de production musicale 4 Yvth Studios, lancée peu de temps après ces démarches, se porte plutôt bien: partenariats ave des maisons des jeunes et des écoles de la Rive-Sud, collaborations avec des artistes et des balados.
«Tout ça ne serait pas arrivé si je n’étais pas sorti de chez moi. C’est pour ça que je veux parler à ceux qui ont perdu une passion ou qui n’en ont pas, ou à ceux qui vivent des difficultés d’apprentissage, constate-t-il. Je veux les aider.»
Un peu par hasard
C’est un peu par hasard que Justin Mbaya a commencé à offrir des conférences dans les écoles, en 2020. Le CJE Marguerite-D’Youville qui avait entendu parler de son histoire et de ses ateliers musicaux l’a invité. Les réactions des élèves l’ont incité à poursuivre dans cette voie.
«Des élèves, des jeunes dans ma situation, disaient n’avoir jamais entendu une histoire comme ça, raconte-t-il. Je les aide à ne pas suivre la masse, à trouver quelque chose qui leur est spécifique.»
«Ce qui me touche le plus, enchaîne-t-il, c’est de voir qu’ils comprennent l’importance de l’éducation. Je sais bien aujourd’hui que le français, et tout ce dont je ne voyais pas l’utilité quand j’étais jeune, me sert tous les jours.»
Son discours rejoint visiblement les jeunes, alors que les invitations de différentes écoles, carrefours jeunesse-emploi et maisons des jeunes de la Rive-Sud s’accumulent.
La réalité des jeunes Noirs
Le 21 février, Justin Mbaya livrera une conférence quelque peu différente, intitulée Parlons de la réalité des jeunes Noirs d’aujourd’hui. Elle sera accessible à tous, sur son site web Motivation : passion.
Il espère ainsi rejoindre tant les experts en éducation que les parents, les jeunes, les citoyens. Il témoignera notamment des stéréotypes dont les Noirs sont encore victimes.
Même dans une ville multiculturelle comme Brossard, il a vécu de la discrimination. Il raconte une fois où lui et ses trois amis patientaient devant un restaurant près de son école secondaire avant leur match de basketball.
«On ne faisait rien. Et la police nous a interpelés à cause de la couleur de notre peau. On «ressemblait» à des personnes qui étaient recherchées. Ils ont arrêté mes amis, mais parce que j’étais le quatrième [et qu’il n’y avait pas assez de place dans l’autopatrouille], ils ne m’ont pas embarqué.»
Une anecdote qui démontre toute l’importance de parler de cette réalité.
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