Le Conseil Mohawk de Kahnawake retarde le projet de la Route 132

La limite territoriale entre Kahnawake et Sainte-Catherine sur la route 132. (Photo : The Eastern Door - Aaron McComber)
Un projet conjoint visant à moderniser la Route 132 est bloqué, car Kahnawake refuse de collaborer avec les élus des municipalités avoisinantes. Le préfet de la MRC de Roussillon a déclaré à The Eastern Door qu’il tente depuis des années de convaincre le Conseil Mohawk de Kahnawake (MCK) de s’asseoir à la table des discussions, mais sans succès.
Miriam Lafontaine, Initiative de journalisme local, The Eastern Door
Le grand chef du MCK, Cody Diabo, a expliqué que leur réticence vient du fait qu’une participation pourrait être interprétée comme un consentement au projet.
« Nous devons être très prudents », a-t-il déclaré. « Nous ne voulons pas que cela soit perçu comme si nous étions consultés et que nous approuvions le projet, permettant ainsi au gouvernement provincial de contourner le processus et de dire : Eh bien, vous avez été consultés, et vous n’avez soulevé aucune préoccupation.»
« Pour être franc, c’est une approche vraiment raciste et paternaliste, imposée d’en haut », a ajouté le grand chef du MCK à propos de l’approche de la MRC. « Mais le projet avance quand même au final, donc c’est une situation vraiment frustrante. »
Le projet vise à transformer la route en un boulevard urbain.
« La Route 132 doit être refaite », a déclaré le préfet Christian Ouellette lors d’une récente entrevue avec The Eastern Door.
« Nous n’avons pas pu aller de l’avant à cause des revendications entourant la Seigneurie du Sault St. Louis », a ajouté M. Ouellette, qui est aussi le maire de Delson, faisant référence à la revendication territoriale de longue date déposée par le conseil de bande contre le gouvernement canadien.
Le projet remonte à 2017, lorsque les villes de Delson, Sainte-Catherine et Saint-Constant ont annoncé leur engagement commun à moderniser un tronçon de cinq kilomètres de la route traversant leurs municipalités. Un comité a alors été créé, regroupant des élus des municipalités avoisinantes ainsi que l’ancienne cheffe du Conseil, Rhonda Kirby.
Les autres priorités identifiées pour le comité à l’époque comprenaient la création d’une « vision commune » pour le projet, la recherche de solutions aux problèmes de circulation et l’élaboration d’un plan directeur destiné aux parties prenantes impliquées.
Mme Kirby et l’ancien technicien du MCK, David Lahache, n’ont participé qu’à quelques réunions cette année-là avant de se retirer. Un reportage de The Eastern Door en 2021 indiquait que la décision de ne plus assister aux réunions était motivée par des préoccupations liées au développement sur les terres de la Seigneurie.
Depuis, M. Ouellette affirme avoir fait plusieurs tentatives pour inciter le conseil de bande à collaborer au projet.
« Nous ne voulons pas construire des bâtiments, nous voulons simplement remplacer la route », a insisté M. Ouellette, ajoutant que l’essentiel des travaux consisterait à repaver le tronçon de cinq kilomètres.
Le préfet a de nouveau proposé une collaboration lors d’une rencontre avec M. Diabo à la fin du mois de février, mais ce dernier lui aurait répondu que ce n’était pas une option envisageable.
« Le grand chef nous a informés qu’il voulait attendre les prochaines étapes du gouvernement fédéral avant d’aller plus loin. Cela nous empêche d’avancer avec nos projets », a déclaré Christian Ouellette.
Les discussions entre Kahnawake et le gouvernement du Canada concernant la revendication territoriale de la Seigneurie du Sault St. Louis ont repris il y a environ deux ans, a précisé M. Diabo. L’objectif est désormais de finaliser le cadre des négociations officielles sur cette revendication, a ajouté le grand chef du MCK.
« Tous ces développements ont lieu sur les terres de la Seigneurie, et notre intention est de récupérer notre territoire, donc nous sommes dans une impasse », a-t-il déclaré.
« Je comprends qu’ils veulent croître et se développer, mais ils le font sur une terre qui ne leur appartient pas. Ce sont des conversations difficiles que nous allons devoir avoir, et c’est là que le Canada doit intervenir et faire son travail, tout comme la province », a-t-il ajouté, soulignant la nécessité d’une consultation.
Le grand chef du MCK a également exprimé des inquiétudes concernant la nature des travaux proposés.
« Ils veulent un boulevard industriel comme celui du boulevard Décarie », a-t-il déclaré.
Selon lui, le projet prévoit l’élargissement de certaines parties de la route jusqu’à quatre voies.
« Mais ensuite, lorsqu’on arrive à Kahnawake, ça redescend à deux voies. Donc, quel sera réellement l’impact, à part créer encore plus d’embouteillages chez nous à la fin de la journée ?»
(Texte traduit en français par Gravité Média)