Comme cinq autres coroners avant elle, la Dre Denise Fréchette recommande l’installation de barrières physiques rendant beaucoup plus difficiles les sauts depuis le pont Samuel-De Champlain. Depuis l’ouverture de cette infrastructure en 2019, 14 suicides s’y sont produits.

Dans le rapport portant sur le décès d’un jeune homme de 24 ans en décembre dernier, la coroner rappelle qu’en direction sud, la rambarde de 1,2 mètre de hauteur du pont «est très facile à enjamber». C’est vraisemblablement ce que l’individu a fait.

Dix des quatorze suicides survenus depuis l’ouverture du pont Samuel-De Champlain se sont produits à partir de l’accotement en direction sud. Les quatre autres suicides se sont produits à partir de la clôture de la piste multifonctionnelle.

«Toutes les études rapportent une diminution statistiquement significative du nombre de suicides lorsque des barrières physiques sont installées», insiste la Dre Fréchette.

Cinq autres coroners ont déjà émis une recommandation similaire à la suite d’un décès après un saut dans le vide depuis le pont.

En analyse… depuis 2024

Déjà, le Groupe Signature sur le Saint-Laurent (SSL), responsable de l’exploitation, l’entretien et la réhabilitation du pont, a soumis au ministère du Logement, de l’infrastructure et des Collectivités du Canada des solutions afin d’améliorer la sécurité et rendre plus difficile l’accès au fleuve à partir de la piste multifonctionnelle et de l’accotement en direction sud.

«Ces propositions, qui comprennent également une évaluation des coûts, sont toujours en analyse par le gouvernement du Canada à l’heure actuelle et par conséquent, ne peuvent pas être diffusées», mentionne le rapport du coroner signé à la fin août.

En mars 2024, Le Courrier du Sud rapportait déjà qu’Infrastructure Canada analysait la possibilité d’ajouter des barrières dissuasives sur le tablier autoroutier du pont. Advenant une confirmation du ministère de la pertinence de telles structures, un délai de deux à trois ans est à prévoir avant leur installation.

Caméras IA

Par ailleurs, la coroner relève un délai d’une heure entre le moment où les caméras du pont captent une voiture s’immobilisant sur l’accotement et l’appel aux policiers par le préposé à la centrale de surveillance.

Selon la Dre Fréchette, qui a discuté avec le directeur des opérations de SSL, ce dernier estime ce délai «non souhaitable».

«Est-ce qu’une intervention plus rapide aurait permis d’éviter le pire pour [Monsieur]? Nous ne pouvons pas répondre à cette question, écrit-elle. Il faut tout de même plusieurs minutes pour qu’un patrouilleur vienne sur place. L’intervention d’un patrouilleur permet donc de prévenir les cas où la personne suicidaire hésite plusieurs minutes mais reste vaine dans des situations où cette personne passe à l’acte rapidement. Un suivi des délais de réponse des préposés à la centrale de surveillance est assuré par la responsable de la salle de contrôle.»

Elle soumet l’idée d’analyser l’installation de caméras dotées d’intelligence artificielle.

La coroner recommande la mise en place de mesures réduisant les délais de réponse, de même que l’évaluation de la faisabilité d’implanter des caméras munies de systèmes d’intelligence artificielle «spécifiquement dédiée à la détection de personnes susceptibles de commettre un geste suicidaire».

En cas de besoin, contacter la ligne téléphonique provinciale de prévention du suicide 1 866 APPELLE (277-3553).