Une jeune entreprise de la région est sur le point de révolutionner la gestion des barrages hydroélectriques grâce à son logiciel faisant appel à l’intelligence artificielle.

Détenteur d’une maîtrise en génie mécanique appliquée à l’hydroélectricité de l’École Polytechnique de Montréal, Emmanuel Ngue et son équipe ont développé un logiciel qui, grâce à l’IA, permet notamment aux centrales hydroélectriques de répondre plus rapidement aux pannes, d’optimiser leur processus d’entretien et de rendre les équipes plus productives.

Il en résulte une efficacité qui suscite l’étonnement de nombreux gestionnaires d’installations hydroélectriques, et ce, dès les premiers essais effectués en 2024 au Nigéria, puis à d’autres installations ailleurs en Afrique ou en Amérique du Sud.

emmanuel ngue turbines
(Photo gracieuseté)

«Avec notre système, dès qu’une panne se produit, nous sommes en mesure d’identifier automatiquement son origine, explique le résident de Saint-Philippe; mais nous n’attendons pas que la panne survienne: nos modèles prédictifs apprennent le fonctionnement de chaque système et agissent en amont pour prévenir les défaillances.»

Par ailleurs, l’entreprise est aussi en mesure de mieux préparer les processus d’entretien requis pour chaque installation, une tâche qui, en temps normal requiert une préparation de plusieurs jours, mais que l’IA peut ramener en moins de 10 minutes.

Il va sans dire que ces améliorations ont un impact direct sur les coûts de production des compagnies d’électricité, car elles rendent les opérations plus rapides, productives et mieux anticipées, ce qui se traduit par une meilleure disponibilité des actifs, une durée de vie prolongée des équipements et une plus grande stabilité du réseau.

Rareté de la relève

C’est grâce à l’expérience qu’il a acquise, notamment lorsqu’il était à l’emploi chez des géants du secteur comme Andritz Hydro ou General Électric (GE), que le résident de Saint-Philippe en est venu à comprendre qu’il y avait un besoin pour un mode d’intervention plus réactif lorsque les installations tombent en panne.

«Plusieurs exploitants de centrales s’appuient encore sur des outils éprouvés comme SAP, Oracle ou même Excel. Pour des organisations dont les budgets se chiffrent en centaines de milliers ou en millions de dollars, l’approche reste souvent prudente : elles privilégient des technologies avec lesquelles elles ont toujours fonctionné, plutôt que d’adopter immédiatement des solutions susceptibles de transformer en profondeur leurs méthodes de travail», explique M. Ngue.

Cependant, ces technologies vont gérer tant les finances que les ressources humaines, mais sont plutôt médiocres pour la gestion des opérations. Cela s’ajoute au fait que l’expertise actuelle repose en grande partie sur des techniciens expérimentés qui se dirigent peu à peu vers la retraite, alors que la relève et la main-d’œuvre spécialisée en hydroélectricité se font de plus en plus rares.

L’entreprise EN Solutions Hydro a développé ses modèles de gestion des systèmes hydroélectriques en faisant appel à l’intelligence artificielle. Leurs modèles s’appuient également sur la contribution d’utilisateurs pilotes dans plusieurs barrages hydroélectriques en Afrique.

M. Ngue a su s’entourer d’une équipe de spécialistes dans le domaine, «de jeunes professionnels compétents et multidisciplinaires, qui ont adhéré à la vision que je leur ai proposée», dit-il.

Une notoriété grandissante

L’expertise développée par EN Solutions Hydro suscite un intérêt croissant dans le secteur. Cette reconnaissance s’est notamment concrétisée par l’obtention d’une bourse de 25 000$ lors de la 8ᵉ édition des Bourses d’honneur de la diversité ethnoculturelle du Québec, parmi plus de 900 entreprises candidates à l’échelle du Québec.

EN Solutions Hydro a récemment reçu une invitation officielle au Sénat du Canada le 4 février, où elle a fait l’objet d’une reconnaissance protocolaire pour son travail en intelligence artificielle appliquée à un secteur critique : l’hydroélectricité.

Son expertise suscite aussi l’intérêt d’Hydro-Québec, à la suite d’une allocution faite à l’occasion de la Semaine de l’hydroélectricité canadienne en présence d’une salle remplie à capacité.

«Je crois qu’ils y ont vu du potentiel», mentionne Emmanuel Ngue, au terme d’une rencontre avec un représentant de la société d’État.

La notoriété d’EN Solutions Hydro repose également sur l’accompagnement du Conseil national de recherches du Canada, qui soutient activement ses travaux, ainsi que sur l’appui d’Affaires mondiales Canada, notamment dans son développement à l’international.

L’entreprise a aussi déposé une candidature conjointe avec le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) dans le cadre d’un appel à projets de Ressources naturelles Canada, visant le développement le 1er large modèle de langage (LLM) canadien dédié à l’hydroélectricité, hébergé et opéré au Canada.

Tous les indicateurs laissent croire qu’EN Solutions Hydro pourrait devenir l’un des chefs de file canadiens de l’intelligence artificielle appliquée à l’hydroélectricité.

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Emmanuel Ngué est confiant dans le succès de son entreprise. (Photo gracieuseté)